La formation, nouveau front de la souveraineté économique
Le 9 novembre, dans la chaleur humide de Brazzaville, la Fondation BantuHub a réuni six cents jeunes – étudiants, porteurs de projets et demandeurs d’emploi – pour lancer un cycle de préparation à l’entrepreneuriat. Si l’on en croit Tiburce Miampika, directeur exécutif de la fondation, « les ambitions des start-up sont souvent fragilisées par l’absence de fondements solides ». En dotant la jeunesse de compétences techniques et managériales, l’initiative s’inscrit pleinement dans la logique de sécurité nationale : une économie diversifiée et innovante constitue un rempart contre les vulnérabilités sociétales auxquelles peuvent s’attaquer les acteurs illicites.
- La formation, nouveau front de la souveraineté économique
- Synergie BantuHub–FONEA : incubateur de résilience nationale
- Des prérequis techniques au soutien de la base industrielle de défense
- Financement et bancabilité : clé de l’autonomie stratégique
- Une jeunesse engagée, moteur de cohésion et de stabilité
- Cap sur une économie de défense intégrée dans la CEMAC
Synergie BantuHub–FONEA : incubateur de résilience nationale
Le Fonds national d’appui à l’employabilité et à l’apprentissage, représenté par son directeur général Patrick Ntsiba, a fait de la bancabilité des projets un cheval de bataille. Il rappelle que le marché de l’auto-emploi, encore sous-exploité, est capable de drainer des flux financiers sans recourir systématiquement aux marchés extérieurs. Ce tandem public-privé répond à l’appel à la résilience exprimé dans la Stratégie nationale de développement 2022-2026 : toute consolidation des capacités civiles, notamment dans le numérique et l’industrie légère, réduit la dépendance aux importations critiques et sécurise les arrières de l’appareil de défense.
Des prérequis techniques au soutien de la base industrielle de défense
La valeur ajoutée de cette deuxième édition du Salon de l’innovation, de la technologie et de l’entrepreneuriat réside dans la délivrance de certificats spécialisés pour chaque atelier : modélisation d’affaires, recherche avancée de fonds, gestion de la propriété intellectuelle et marketing de solutions numériques. En orientant les lauréats vers des filières duales – maintenance d’équipements, fabrication additive, cybersécurité – BantuHub contribue à l’émergence de fournisseurs susceptibles de renforcer, à terme, la chaîne logistique des forces armées et de la police. Alban Besse, l’un des formateurs, insiste : « Une entreprise n’est viable que si elle répond à un besoin récurrent du terrain. Les besoins de soutien en équipements et en services des forces congolaises figurent parmi les opportunités les plus tangibles. »
Financement et bancabilité : clé de l’autonomie stratégique
L’écueil le plus souvent cité par les jeunes pousses reste la mobilisation de capitaux. Le module consacré à la recherche avancée de fonds a armé les participants d’outils d’intelligence économique pour dialoguer avec banques et investisseurs institutionnels. Là encore, la dimension sécuritaire n’est pas absente : un montage financier robuste prévient le rachat hostile ou la dépendance vis-à-vis d’intérêts extérieurs susceptibles de capter des technologies sensibles. Patrick Ntsiba rassure : le FONEA accompagnera les business plans jusque dans leur phase de levée de fonds, afin de garantir leur conformité aux exigences prudentielles et aux impératifs de souveraineté.
Une jeunesse engagée, moteur de cohésion et de stabilité
Les observateurs présents à Brazzaville ont salué le sérieux de l’auditoire, signe d’une génération prête à s’approprier son destin. En misant sur l’initiative privée, l’État renforce la cohésion sociale et assèche le vivier dans lequel prospèrent la criminalité organisée et les trafics transfrontaliers. Cette dynamique est cohérente avec la feuille de route de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale, qui encourage chaque membre à développer un tissu productif local apte à soutenir les opérations de maintien de la paix régionales.
Cap sur une économie de défense intégrée dans la CEMAC
Au-delà des frontières nationales, les compétences certifiées par BantuHub pourront nourrir des projets conjoints dans le Golfe de Guinée : drones de surveillance littorale, plateformes logicielles de partage d’informations ou encore mini-usines de pièces de rechange. En articulant l’entrepreneuriat, la technologie et la sécurité, le Congo-Brazzaville se positionne comme un pivot de l’innovation stratégique en Afrique centrale. Les 600 jeunes formés cette année constituent le socle humain d’une base industrielle et technologique de défense en devenir, capable de dialoguer avec les partenaires traditionnels tout en préservant les intérêts fondamentaux de la Nation.
