Bébés noirs: la riposte sécuritaire du Congo

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Bébés noirs: du fait divers à la menace sécuritaire

Au croisement des dynamiques démographiques et urbaines, le Congo-Brazzaville voit émerger depuis quelques années une criminalité de rue animée par de jeunes groupes surnommés « bébés noirs ». D’abord cantonné aux faubourgs de Brazzaville, ce banditisme opportuniste a gagné Pointe-Noire, profitant du chômage et de la déscolarisation. Leur violence, souvent à l’arme blanche, interroge la résilience des forces de sécurité et la cohésion nationale.

Conscient de l’impact de ces actes sur la confiance des investisseurs et le bien-être des citoyens, l’exécutif a hissé la lutte contre les « bébés noirs » au rang de priorité. Le président Denis Sassou Nguesso fixe un triptyque : fermeté républicaine, ancrage communautaire et modernisation policière, inscrit dans le schéma national de sécurité intérieure 2022-2026. L’objectif est de couper les racines sociales du phénomène sans sacrifier les principes de l’État de droit.

Chaîne de commandement et cadre juridique renforcé

Le déploiement, à partir de septembre 2023, de dispositifs mixtes associant Police nationale, Gendarmerie et unités spécialisées de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) obéit à une architecture de commandement clarifiée par le décret n°2023-418. Le texte confie la conduite opérationnelle au Centre de coordination des opérations intérieures placé sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, garantissant ainsi l’unicité de la manœuvre et la traçabilité des ordres. Tout engagement armé fait désormais l’objet d’un compte-rendu sous quarante-huit heures au parquet, mesure saluée par la Commission nationale des droits de l’homme comme « un pas décisif vers la judiciarisation systématique ».

Sur le plan législatif, la récente modification du code pénal introduit une circonstance aggravante de bande organisée pour les infractions commises par des mineurs encagoulés, tandis que la procédure de comparution immédiate a été adaptée pour préserver les garanties accordées à l’enfance délinquante. Cette articulation entre sévérité pénale et protection des mineurs traduit la volonté, résumée par le procureur général Firmin Ibovi, de « sanctionner sans briser » et de conserver la dimension réhabilitative du droit congolais.

Police de proximité et intelligence sociale à Brazzaville

La dimension communautaire constitue le second pilier de la stratégie. À Poto-Poto comme à Makélékélé, vingt-quatre brigades de police de proximité ont été créées, équipées de terminaux radio sécurisés et formées à la médiation. Dans les salles de classe réhabilitées pour l’occasion, officiers et leaders de quartier mènent des ateliers de prévention de la violence. Selon le commissaire-divisionnaire Clarisse Tchibinda, responsable du programme, « la première patrouille efficace n’est pas celle qui interpelle, mais celle qui désamorce ». Des plateformes numériques d’alerte anonyme complètent le dispositif, de sorte que les habitants participent activement au recueil de renseignement criminel sans s’exposer à des représailles.

Les premiers retours, consolidés par l’Institut national des statistiques, indiquent une baisse de 28 % des vols avec violence dans les arrondissements pilotes en six mois. L’effet dissuasif tient autant à la présence visible qu’à la reconstruction du lien de confiance. À ce titre, les officiers psychologues intégrés aux patrouilles facilitent l’orientation vers les services sociaux, donnant un sens concret à la notion de sécurité humaine défendue par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.

DGSP et synergie interforces: professionnalisation en cours

Historiquement dédiée à la protection des institutions, la DGSP partage dorénavant ses capacités de renseignement et d’intervention avec la Police nationale à travers des détachements mixtes. Ces cellules, coordonnées par le Centre de coordination des opérations intérieures, apportent imagerie drone légère, écoutes légales et appui tactique lors des arrestations à haut risque. Un cycle commun de formation, inauguré au Centre d’entraînement de Loukoléla, vise à diffuser une même culture de proportionnalité et de respect des procédures judiciaires, condition incontournable de la professionnalisation voulue par les autorités.

Perspectives stratégiques pour une paix durable

À moyen terme, l’intégration de modules de cybersurveillance, de cartographie prédictive et de justice restaurative devrait consolider les acquis. Le gouvernement table sur des partenaires de la CEMAC pour mutualiser les retours d’expérience et bâtir un continuum régional de sécurité urbaine.

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