Brazzaville : don record pour la Sécurité civile

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Un afflux capacitaire inédit pour les sapeurs-pompiers

La cour de la caserne centrale de Brazzaville, théâtre habituel des prises d’armes, a revêtu le 17 novembre 2025 les atours d’une cérémonie stratégique. Sous les regards du général Albert Ngoto et du commissaire général Philippe Noirot, l’O.N.G. française Groupe de secours catastrophe français (GSCF) a formellement remis 2 460 vestes F1, 715 chemises, 625 combinaisons, 1 560 polos, des casques F1 et F2, ainsi qu’un ensemble complet d’équipements spécialisés. Soit un transfert évalué à plus de 261 millions de francs CFA, pivot d’un saut qualitatif pour les 8 000 agents de la Sécurité civile congolaise.

Au-delà de l’apparat, l’enjeu est clair : équiper chaque section d’intervention avec un standard européen de protection thermique et de résistance mécanique. Dans un environnement où les sinistres industriels, les inondations récurrentes du fleuve Congo et les feux de brousse mettent à l’épreuve les capacités nationales, doter les soldats du feu d’un matériel normé est un multiplicateur d’efficacité et un rempart à la sinistralité des personnels.

Coopération franco-congolaise : la diplomatie par le secours

L’acte posé s’inscrit dans une tradition de solidarité que Brazzaville et Paris cultivent depuis l’accord de défense de 1974, adapté en 2011 pour intégrer les missions de sécurité intérieure. « Le matériel de secours que nous remettons, fruit d’un effort collectif et d’une solidarité sincère et agissante, vient en appui aux missions quotidiennes de la Sécurité civile congolaise », a rappelé le Dr Joe Borel Mahoungou, représentant du GSCF. Le geste traduit une diplomatie du résultat : plutôt qu’un simple symbole, un apport tangible susceptible de sauver des vies dès la prochaine alerte.

Pour le commissaire général Philippe Noirot, attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France, la manœuvre reflète également la volonté de Paris de soutenir la stabilité d’un partenaire clef du Golfe de Guinée. La doctrine française de coopération de sécurité, revue en 2023, place la résilience civile au cœur de la prévention des crises régionales. Le Congo-Brazzaville, carrefour fluvial, pétrolier et logistique, constitue un nœud stratégique dont l’interruption par un sinistre majeur aurait des répercussions bien au-delà de ses frontières.

Effet direct sur la boucle opérationnelle d’intervention

Jusqu’ici, de nombreuses casernes de l’intérieur du pays ne disposaient que d’un jeu de tenues ignifugées par compagnie, obligeant les équipes à des rotations hasardeuses. Les nouvelles dotations permettent de passer d’un taux de couverture de 38 % à près de 90 % selon les chiffres internes du Commandement. Les casques composites F2, agréés pour le feu de forêt, ouvrent par ailleurs la possibilité d’engager des colonnes mobiles dans le massif du Mayombe sans recourir systématiquement au soutien étranger.

Le général Albert Ngoto, saluant « une contribution significative à l’action de la Sécurité civile », s’est engagé à déployer les équipements en priorité dans les départements côtiers, soumis à la menace croissante d’accidents pétroliers. Dans les trois prochains mois, un schéma de maintenance conditionnelle, élaboré avec l’appui technique du Service français d’ingénierie de sécurité civile, accompagnera la mise en service du lot. Objectif : prolonger la durée de vie des matériels au-delà des cinq ans règlementaires.

Formation et logistique : l’autre volet du partenariat

L’expérience accumulée lors d’un premier don en mars 2024 — alors évalué à 49 millions FCFA — a montré que la valeur du matériel dépend de la qualité de la formation associée. Les deux parties ont donc planifié une session de mise à niveau pour 60 instructeurs congolais dès janvier 2026, portant sur la lutte contre les feux sous atmosphère toxique et le secours déblaiement post-sismique.

Parallèlement, le ministère congolais de l’Intérieur étudie la création d’un magasin centralisé de pièces détachées au sein du régiment du matériel de Mpila. Ce choix vise à éviter les ruptures de stock constatées durant la pandémie de Covid-19, lorsque les chaînes d’approvisionnement internationales se sont tendues. La perspective de sous-traiter la confection de certaines pièces textiles à des PME locales est également évoquée, conformément aux orientations présidentielles favorisant la filière industrielle nationale.

Vers une approche intégrée de la résilience nationale

L’acquisition de moyens individuels de protection n’est qu’un jalon d’une vision plus large. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité intérieure, en cours d’élaboration, consacre un chapitre entier à la protection civile, considérée comme la première ligne de la souveraineté. À travers la modernisation de ses pompiers, le Congo-Brazzaville affirme que la sécurité n’est pas seulement l’affaire des forces armées, mais un continuum où la réponse immédiate aux catastrophes concourt à la crédibilité stratégique de l’État.

Dans cet esprit, le partenariat avec le GSCF pourrait évoluer vers des exercices conjoints impliquant les Forces armées congolaises, la Gendarmerie et les opérateurs pétroliers. L’objectif est de tester la coordination inter-services dans un scénario d’accident industriel majeur sur la côte d’Ouesso ou du port de Pointe-Noire. Une telle démarche répond aux standards internationaux promus par l’Office des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, auquel Brazzaville ambitionne d’adhérer activement.

Une dynamique pérenne et mutuellement bénéfique

Il convient de rappeler que le GSCF, né de l’expérience des tremblements de terre d’Arménie en 1988, privilégie les partenariats durables. « Nous avons espoir que les relations entre votre association et notre structure vont se consolider, pour que nous devenions de véritables partenaires », a insisté le général Ngoto. La promesse résonne avec les priorités françaises en Afrique centrale, recentrées sur la coproduction de solutions plutôt que sur l’assistance ponctuelle.

D’un point de vue budgétaire, l’État congolais épargne, sur un lot d’achats planifié, un volume financier appréciable pouvant être réalloué à la rénovation du parc roulant des engins-pompes. Ce gain d’efficience traduit la volonté présidentielle de gestion optimisée des crédits publics, sans sacrifier la performance opérationnelle. L’initiative constitue, enfin, un signal de confiance adressé aux partenaires internationaux : investir dans la résilience congolaise produit des résultats concrets, mesurables et rapides.

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