Brazzaville–Pretoria : l’axe stratégique s’affirme

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Diplomatie parlementaire et souveraineté stratégique

Le 11 novembre, dans la salle Lamina de l’hémicycle de Brazzaville, le président du Sénat Pierre Ngolo a reçu l’ambassadeur d’Afrique du Sud, Mziwamadoda Uppington Kalako. Si l’image résumait un échange courtois, le propos, lui, s’inscrivait déjà dans la géopolitique du continent. Les deux personnalités ont placé la diplomatie parlementaire au cœur d’un projet d’ampleur : arrimer plus solidement leurs institutions législatives à la conduite des politiques de défense et de sécurité. « Nos Parlements doivent tirer profit de leurs expériences respectives pour soutenir l’action gouvernementale et la montée en puissance de nos forces », a confié le diplomate sud-africain à l’issue de l’audience. Rappelant la mémoire du soutien congolais à la lutte anti-Apartheid, le représentant de Pretoria a souligné qu’un tel dialogue venait aujourd’hui consacrer une confiance politique patiemment construite et appelée à se projeter vers les domaines régaliens les plus sensibles.

Un partenariat militaire historiquement éprouvé

Avant même que les sièges capitonnés des deux Chambres n’entrent en résonance, la coopération militaire entre Brazzaville et Pretoria est déjà jalonnée d’exercices conjoints, de formations d’état-major et de contributions communes aux opérations de maintien de la paix onusiennes. Les officiers congolais fréquentent depuis près d’une décennie les écoles sud-africaines d’infanterie mécanisée et de médecine de campagne, tandis que des instructeurs sud-africains appuient ponctuellement la Garde républicaine congolaise pour la maîtrise du commandement aéro-terrestre. Sur le plan naval, les patrouilles croisées dans le golfe de Guinée et au-delà du cap Lopez ont permis de tester l’interopérabilité des moyens ISR embarqués. Ces acquis confèrent à la relance parlementaire une profondeur opérationnelle : elle vient doter la coopération d’un relais institutionnel susceptible de fluidifier la validation budgétaire, l’importation de matériels et la normalisation des doctrines communes.

Le rôle des assemblées dans l’architecture de défense

Dans les deux pays, les Constitutions confient aux Parlements la responsabilité de contrôler l’exécutif et de légiférer sur les questions de défense. Or, l’expérience comparée montre que cette mission est d’autant plus efficace qu’elle se nourrit de benchmarks régionaux. Brazzaville, par exemple, a récemment renforcé le cadre juridique du Maintien en condition opérationnelle (MCO) de ses équipements, inspiré en partie des débats tenus au Cap sur la rationalisation des dépenses publiques. Pretoria, de son côté, s’intéresse aux auditions systématiques menées par les commissions congolaises sur l’influence et la cybersécurité, domaine où la République du Congo a su bâtir une veille stratégique avec le concours de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information. Cette fertilisation croisée devrait aboutir, selon Pierre Ngolo, à « une plate-forme législative conjointe apte à soutenir nos forces dans les nouveaux espaces de conflictualité ».

Sécurité des ressources et industrialisation locale

Au-delà des blocs législatifs, l’enjeu de fond demeure la sécurisation des ressources naturelles et des infrastructures énergétiques, conditions sine qua non d’une croissance souveraine. L’ambassadeur Kalako a insisté : « Nous voulons que les richesses du continent ne sortent plus brutes mais transformées chez nous ». À Brazzaville comme à Pretoria, la défense d’un tissu industriel en amont des gisements pétroliers ou des mines de métaux rares mobilise déjà gardes côtières, forces terrestres et unités de renseignement économique. Un rapprochement parlementaire pourrait accélérer la ratification d’accords de coproduction d’équipements para-militaires, stimuler l’entrée de PME congolaises dans la chaîne logistique sud-africaine, et garantir une meilleure protection juridique des couloirs maritimes. En toile de fond se dessine ainsi une « sécurité économique », concept qui mêle législation, puissance publique et outils de défense.

Cap sur la CEMAC et la coopération multilatérale

La dimension régionale n’est pas absente de ce dialogue. Le Congo, pilier de la CEMAC, et l’Afrique du Sud, membre influent de la SADC, possèdent des positions charnières qui leur confèrent un rôle de pont entre bassins stratégiques. Les parlementaires entendent harmoniser leurs positions au sein du Comité exécutif de l’Union africaine et de la Force africaine en attente, afin de peser davantage sur les orientations capacitaires et le financement des missions de paix. Sur le terrain, une participation croisée aux prochains exercices AMANI AFRICA ou OBANGAME EXPRESS est déjà évoquée, offrant un laboratoire concret à la doctrine élaborée dans les commissions de défense. L’objectif, partagé et assumé, consiste à renforcer la crédibilité des forces africaines tout en rendant compte, devant l’opinion et les partenaires, d’une gouvernance militaire transparente et responsable.

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