Brazzaville : traque totale des « koulounas » actée

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Cadre constitutionnel et primauté de la sécurité intérieure

En rappelant devant le Parlement qu’il avait prêté serment « devant la Constitution, devant le peuple », le président Denis Sassou Nguesso a replacé la lutte contre les « koulounas » au cœur du pacte républicain. Dans la grammaire politique congolaise, la sécurité n’est pas un simple service public : elle constitue la condition de l’exercice de toutes les libertés, du commerce comme de l’expression artistique. Cette vision, inscrite dans la Loi fondamentale révisée en 2015, fonde légalement la poursuite sans relâche des groupes criminels qui, par leur violence, menacent l’ordre public et sapent l’autorité de l’État.

Au-delà du rappel au droit, le chef de l’État a adopté une posture d’intransigeance assumée. En qualifiant les bandes agressives de « groupes sans foi ni loi », il légitime l’emploi de la force coercitive dès lors qu’elle s’inscrit dans la stricte légalité républicaine. L’objectif proclamé est clair : « la capture du dernier bandit ». Cette formule, volontairement absolue, sert de socle politique à une doctrine de neutralisation totale qui mobilise police, gendarmerie et services de renseignement intérieur dans chacune des localités du territoire national.

Architecture opérationnelle de la traque des koulounas

Depuis le lancement des opérations spéciales à Brazzaville à l’été 2023, le dispositif repose sur la mutualisation des capacités entre la Direction générale de la sûreté nationale, la Région de gendarmerie de Brazzaville et les antennes territoriales du Conseil national de sécurité. Les patrouilles interarmées combinent l’effet de présence dissuasive et un maillage fin des quartiers identifiés comme foyers de délinquance. L’emploi de véhicules légers tout-terrain, récemment réceptionnés via un contrat cadre avec un constructeur sud-africain, facilite les insertions rapides dans les zones à forte densité.

Parallèlement, le ministère de l’Intérieur a réactivé les « cellules anti-koulounas » dans les commissariats d’arrondissement. Ces unités bénéficient d’un appui technologique nouveau : cartographie numérique des points chauds, radio-communications cryptées et logiciels de recoupement de signalements. Selon une source sécuritaire, le taux d’arrestation en flagrant délit a progressé de 18 % sur les trois derniers mois, indicateur précieux pour jauger l’efficacité de la manœuvre.

Renseignement de proximité et confiance citoyenne

La réussite de l’opération repose autant sur la remontée d’information que sur la force brute. Conscient de ce facteur humain, le chef de l’État a invité la population à « soutenir l’action de la force publique ». Le concept de « police de confiance », expérimenté dans les quartiers Talangaï et Mungali, repose sur des binômes agent-volontaire civil chargés de recueillir des indices discrets : habitudes de déplacement suspectes, usage d’armes blanches, attroupements nocturnes. La fiabilité des renseignements ainsi collectés permet de cibler les interventions et de limiter les dommages collatéraux, renforçant de fait la légitimité des forces de sécurité.

Dans cette logique, la Direction générale de la surveillance du territoire a ouvert des canaux de signalement anonyme par messagerie instantanée. Le recours à ces plateformes, accessibles depuis les téléphones de deuxième génération les plus répandus, participe de la modernisation du renseignement intérieur. L’État évite ainsi le piège d’une simple réponse punitive : c’est la co-production de sécurité, chère aux théoriciens contemporains de la gouvernance urbaine, qui est recherchée.

Retombées attendues sur l’économie nocturne

Le président Sassou Nguesso a insisté sur la préservation de « l’économie de nuit », véritable poumon de l’emploi informel. Brazzaville et Pointe-Noire concentrent une offre hôtelière et de restauration susceptible d’attirer touristes d’affaires et diaspora. L’insécurité chronique avait contraint nombre d’établissements à réduire leurs horaires, amputant leurs chiffres d’affaires jusqu’à 30 %. En sécurisant les artères stratégiques, les autorités entendent rétablir la confiance des investisseurs et garantir aux ménages modestes, en particulier aux « mamans » commerçantes, la continuité de leurs revenus.

Des chambres consulaires aux associations de transport urbain, les acteurs privés saluent déjà la diminution des agressions dans les couloirs de bus de nuit. Cette embellie reste fragile, mais elle témoigne de l’effet de cliquet généré par la présence visible des forces et la judiciarisation accélérée des dossiers. Un procureur de la République souligne ainsi que la création d’une chaîne pénale dédiée aux infractions commises avec arme blanche réduit le délai entre arrestation et jugement, confortant le sentiment de justice rendue.

Coopération régionale et perspectives doctrinales

La porosité des frontières en Afrique centrale impose de penser la lutte anti-banditisme à l’échelle sous-régionale. Le Congo-Brazzaville, qui assure cette année la vice-présidence du Comité des chefs de police de l’ACFOPOL, plaide pour une interconnexion des bases de données biométriques afin de traquer les fuyards au-delà des points de passage officiels. Un accord technique pilote a récemment été signé avec le Cameroun pour l’échange d’empreintes et d’images faciales des délinquants recherchés, consolidant ainsi la maîtrise de la profondeur stratégique.

À moyen terme, le ministère de la Défense étudie la création d’un centre d’entraînement commun Gendarmerie-Police centré sur la lutte contre la criminalité urbaine. Les instructeurs envisagent d’y intégrer des modules de cyber-patrouille, les réseaux sociaux servant souvent de vecteur de coordination aux « koulounas ». Cette approche intégrée, soutenue par des partenaires techniques européens, illustre la volonté politique d’adapter en permanence la doctrine aux mutations de la menace, tout en réaffirmant la primauté du droit et la protection des citoyens.

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