Dolisie : Justice & sécurité face aux « bébés noirs »

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Dolisie relance ses assises criminelles

Sous les lambris solennels de la cour d’appel de Dolisie, l’ouverture de la session criminelle 2025 a marqué le retour d’un rituel judiciaire essentiel à la stabilité du département du Niari. Cinquante dossiers, pour la plupart liés à des infractions violentes, seront examinés au cours des prochaines semaines. En présence de la préfète Micheline Nguessimi et d’une délégation militaire, le premier coup de maillet a rappelé que l’action pénale constitue l’ultime maillon d’une politique de sécurité intérieure pensée comme un continuum entre prévention, arrestation et jugement.

Lutte contre les gangs « bébés noirs »

Le procureur général près la cour d’appel, Me Vladmir Matt Dimitri Laurbritte Mikala, a dressé un constat sans fard : « La criminalité désolante, lâche et barbare des “bébés noirs” sape la cohésion sociale et défie notre État de droit ». Ces groupes juvéniles armés de bric‐à‐brac, actifs dans les axes ferroviaires Pointe-Noire–Dolisie et dans certains quartiers périphériques, cristallisent les inquiétudes. Le rappel public des orientations présidentielles – mettre hors d’état de nuire les auteurs de ces violences – montre la volonté politique de coupler réponse judiciaire et action opérationnelle des forces de police et de gendarmerie.

Chaîne pénale et coopération Police-Justice

La tenue régulière des sessions criminelles, dans les cinq cours d’appel du pays, s’inscrit dans une démarche globale de désengorgement des maisons d’arrêt et de consolidation de la preuve. De l’interpellation à l’audience, chaque segment de la chaîne pénale s’appuie sur un partage accru d’informations entre la Direction générale de la police nationale, les unités de recherche de la gendarmerie et le parquet. Les enquêteurs spécialisés en police technique et scientifique, dotés depuis peu de kits d’ADN mobiles, sont désormais invités à déposer à la barre pour étayer la matérialité des faits. Cette coopération interservices sert de baromètre à la professionnalisation annoncée des forces de sécurité intérieure.

Le rôle stratégique des jurés populaires

Au cours de l’audience inaugurale, six nouveaux jurés ont prêté serment. « Les fonctions des jurés sont des fonctions de tête et non de cœur », a insisté le président de la cour d’appel, Me Jean Roger Moukila, rappelant que leur impartialité participe directement à la légitimité de la peine. Dans un contexte où la cyber‐propagande des gangs tente de discréditer l’appareil judiciaire, la participation citoyenne à la décision renforce la résilience institutionnelle du pays. Les forces morales de la nation, symbolisées par ces jurés, deviennent ainsi un acteur discret de la défense intérieure, en apportant leur caution démocratique aux condamnations.

Soutien gouvernemental et financement durable

La mobilisation financière du ministère de la Justice pour l’organisation des assises témoigne d’un effort budgétaire assumé. Sous l’impulsion du Garde des Sceaux, des lignes de crédit dédiées à la logistique – transport sécurisé des détenus, primes des magistrats itinérants, sécurisation des locaux – sont désormais pérennes. Cette visibilité budgétaire permet à la police d’anticiper les escortes et, au service pénitentiaire, de planifier les transferts. En toile de fond, l’objectif reste la réduction des délais de jugement, critère clé pour les partenaires internationaux engagés dans les programmes de modernisation de la justice congolaise.

Impact sécuritaire attendu pour le Niari

Pour les autorités préfectorales, la session 2025 doit envoyer un signal clair aux fauteurs de troubles : l’impunité recule. À court terme, la visibilité médiatique des procès, souvent relayés par les radios locales, renforce la dissuasion. À moyen terme, les condamnations fermes, assorties d’obligations de réparation, visent à tarir le recrutement des « bébés noirs » dans les bassins de pauvreté périurbains. Les unités territoriales, elles, bénéficient de retours d’expérience judiciaire qui affinent leurs doctrines d’intervention, notamment en matière de collecte de preuves numériques sur les téléphones saisis.

Vers une justice modernisée et dissuasive

En donnant le coup d’envoi des assises, Dolisie se place à l’avant-poste d’une justice congolaise en mutation, où la préoccupation sécuritaire irrigue chaque prise de parole. L’alignement entre le discours des magistrats et la stratégie gouvernementale de lutte contre la criminalité juvénile révèle l’émergence d’un modèle intégré qui conjugue répression ciblée, garanties procédurales et implication citoyenne. Produit d’un volontarisme politique assumé, ce modèle pourrait, si les moyens suivent, devenir un banc d’essai pour d’autres départements en proie à des violences similaires. Pour l’heure, le Niari retient son souffle ; la cour d’appel ouvre ses portes, et les forces de l’ordre veillent déjà aux abords, conscientes que l’enjeu n’est pas seulement judiciaire mais bien stratégique pour la sécurité nationale.

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