Cérémonie du 27 novembre : Brazzaville honore Leclerc
Sous un ciel matinal encore chargé de brume équatoriale, la place d’armes de l’École militaire préparatoire Général-Leclerc (EMPGL) a retrouvé, le 27 novembre, l’allure solennelle des grandes heures militaires. Le dépôt successif de gerbes par les autorités civiles et militaires a solennisé la Journée du maréchal Leclerc, instaurant un dialogue silencieux entre la jeune promotion d’élèves et la figure tutélaire d’un chef de guerre resté synonyme de résilience stratégique. Dans un contexte régional où la sécurisation des frontières et des couloirs maritimes demeure un impératif, la ritualisation de cette mémoire a rappelé la continuité entre les engagements historiques de la France libre et les priorités actuelles des forces de défense congolaises.
Le legs opérationnel du maréchal Leclerc
Évoquer Philippe Leclerc de Hauteclocque à Brazzaville, capitale de la France libre en 1940, revient à souligner la précocité d’une pensée opérative tournée vers la manœuvre, la mobilité et l’audace. Lorsque le général de Gaulle lui confia, le 24 août 1943, la transformation de la force L en 2ᵉ Division blindée, l’officier dessina une architecture de combat articulée autour du couplage renseignement-feu-mouvement qui inspire encore les doctrines modernes. « Français libre radical, mais chantre d’une réconciliation lucide », a rappelé Serge Eugène Ghoma-Boubanga, secrétaire général adjoint de l’Association des Anciens Enfants de Troupes (AET). En célébrant cette figure, l’EMPGL projette sur ses élèves la conviction qu’aucune victoire tactique ne saurait être durable sans une vision politique et logistique aboutie.
EMPGL, incubateur stratégique de la jeunesse congolaise
Fondée pendant la Seconde Guerre mondiale pour accueillir de jeunes volontaires africains, l’EMPGL est aujourd’hui la matrice d’un vivier d’élèves-officiers destinés à intégrer les armes terrestres, navales et de gendarmerie. Sous la direction du colonel-major Camille Serge Oya, l’établissement a renforcé ces trois dernières années son corpus pédagogique : mise en place d’un module cyber en partenariat avec l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, initiation au combat en zone fluviale sur le Djoué et familiarisation précoce aux procédures de maintien de la paix onusiennes. Cette approche globale, qui conjugue sciences militaires, langues étrangères et formation éthique, répond aux besoins d’une Armée congolaise impliquée de manière croissante dans les opérations multilatérales du Golfe de Guinée et de la CEMAC.
Mémoire, cohésion et esprit du combattant
La transmission de la mémoire militaire n’est pas un exercice commémoratif figé ; elle forge un lien organique entre cohésion interne et préparation opérationnelle. La lecture, par un élève de 3ᵉ année, d’extraits du carnet de marche de Leclerc a illustré cette pédagogie immersive où le récit historique se double d’un apprentissage des vertus cardinales : initiative, sobriété, force morale. Les instructeurs soulignent que l’EMPGL accueille des jeunes issus de l’ensemble des départements, reflétant ainsi la diversité sociale et culturelle du Congo-Brazzaville. Dans un pays où l’unité nationale reste un atout stratégique, le brassage au sein de l’école constitue un levier de résilience intérieure face aux menaces hybrides, qu’elles proviennent de la criminalité transfrontalière ou de la désinformation en ligne.
Partenariats franco-congolais et souveraineté renforcée
Symbole d’un héritage partagé, la présence d’un attaché de défense français lors de la cérémonie n’a pas occulté la volonté congolaise de préserver sa pleine autonomie doctrinale. « La coopération n’a de sens que si elle sert la souveraineté des forces nationales », a précisé un officier-planificateur au ministère de la Défense, en marge de l’événement. Concrètement, l’appui français se concentre sur la formation d’instructeurs, la maintenance de certains matériels d’origine hexagonale et l’accès à des centres de simulation avancée, tandis que le financement des infrastructures et le recrutement restent exclusivement nationaux. Cet équilibre pragmatique offre à l’EMPGL une ouverture technologique sans diluer la maîtrise décisionnelle congolaise, enjeu majeur dans un environnement sécuritaire marqué par la compétition croissante des puissances extérieures.
Modernisation logistique grâce au réseau des AET
Point d’orgue de la matinée, la remise officielle d’une débroussailleuse professionnelle par le colonel-major Rémy Ayayos Ikounga, président des AET du Congo, a illustré la solidarité intergénérationnelle qui caractérise le réseau des anciens. Derrière ce geste modeste se profile une démarche plus vaste : la création d’un fonds d’entraide destiné à financer l’entretien courant des emprises, l’acquisition de petits équipements d’instruction et l’octroi de bourses d’excellence. Pour le commandement, ce soutien permet de préserver la qualité de la vie en garnison, condition indispensable à la concentration mentale des élèves et, donc, à la réussite académique et tactique. À l’heure où le ministère de la Défense finalise la prochaine loi de programmation, l’initiative des AET démontre la capacité de la société civile militaire à relayer l’effort budgétaire public et à consolider, pierre après pierre, l’appareil de défense national.
