Eurobond, un élan pour la défense congolaise

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Un financement historique au service de la souveraineté

Le retour de la République du Congo sur le marché obligataire international ne se résume pas à un succès financier ; il revêt une portée stratégique pour l’affermissement de la souveraineté. Par un eurobond de sept ans, émis pour 670 millions de dollars – soit près de 381 milliards de francs CFA – Brazzaville réactive un canal de financement clos depuis vingt ans. Négociée au taux de 9,875 % et arrivant à maturité en novembre 2032, l’opération portée par Citigroup accroît la crédibilité budgétaire du pays. Au ministère des Armées, l’on salue une manœuvre qui desserre la contrainte de trésorerie et sécurise le paiement régulier des soldes et pensions. « La soutenabilité de la masse salariale est un facteur de cohésion », confie un officier supérieur, rappelant que discipline financière et discipline opérationnelle vont de pair.

Des marges budgétaires pour les programmes de modernisation

La restructuration simultanée de 304,87 milliards de francs CFA de dette intérieure libère des marges pour la modernisation capacitaire. La Direction du financement des forces estime que les économies nettes 2026-2028 pourraient atteindre 40 milliards de francs CFA chaque année, réaffectés à la rénovation de la base aérienne de Maya-Maya, à l’acquisition de patrouilleurs hauturiers et au lancement d’une chaîne de drones tactiques de surveillance. « Une fenêtre budgétaire de quatre ans s’ouvre ; il nous appartient de la convertir en matériels concrets », souligne un cadre de l’Inspection des armements. La feuille de route retient aussi un programme de cyber-résilience en faveur du Centre national de sécurité des systèmes d’information.

Impacts sur l’industrie de défense locale et le MCO

La dynamique financière devrait irriguer l’écosystème industriel local, notamment les PME du maintien en condition opérationnelle. L’Atelier central de Mfilou bénéficiera d’un contrat de modernisation, tandis que le chantier naval de Pointe-Noire négocie des transferts de savoir-faire pour la refonte des vedettes R-1800. L’accès aux devises procuré par l’eurobond facilitera l’importation de pièces critiques, souvent retardée par les tensions de liquidités. Pour l’économiste-défense François Okemba, « chaque franc orienté vers le MCO prolonge la durée de service des équipements et réduit la dépendance aux achats d’urgence ». En soutenant la base industrielle de défense, le gouvernement crée des emplois qualifiés et renforce la diversification économique.

Renforcement de la résilience sécuritaire nationale

Au-delà du volet militaire, l’eurobond offre un levier pour consolider la sécurité intérieure. Le ministère de l’Intérieur prévoit d’acquérir des radios 4G chiffrées pour la Police et la Gendarmerie et d’installer un réseau de caméras intelligentes le long du corridor Pointe-Noire-Ouesso. Ces investissements répondent à l’ambition du président Denis Sassou Nguesso de faire du Congo un pôle de stabilité dans le Golfe de Guinée. L’amélioration de l’environnement sécuritaire sert également de gage aux investisseurs pétroliers et logistiques, dont la confiance demeure liée à la protection des infrastructures stratégiques.

Regards d’experts et exigences de gouvernance

Le succès technique de l’émission ne dispense pas de rigueur : le service de la dette attendu en 2032 avoisinera 415 milliards de francs CFA. Les experts soulignent que l’effet de levier ne se matérialisera que si les projets défense-sécurité génèrent des retombées économiques : sous-traitance locale et gains logistiques. L’économiste Lauric Ngouembé, tout en saluant « un retour opportun sur les places financières », invite à maintenir une gouvernance irréprochable. Le général Antoine Galiba estime pour sa part que « la meilleure garantie pour l’investisseur est de voir nos unités gagner en professionnalisme ». L’adoption du nouveau Code de la commande publique sécurise cette exigence de transparence.

Une opportunité diplomatique et stratégique à capitaliser

L’émission confère à Brazzaville une visibilité renouvelée auprès des partenaires extra-régionaux. La confiance des marchés ouvre la voie à des financements conjoints pour les opérations de maintien de la paix de la CEMAC et la formation interarmées. Des délégations européennes proposent déjà d’adosser des lignes de crédit vertes à la rénovation énergétique des casernes. Le succès de l’eurobond illustre la capacité de l’exécutif à articuler instruments financiers et objectifs de défense, dans la droite ligne de la Stratégie nationale de sécurité, et place le Congo en partenaire fiable pour la sécurisation du Golfe de Guinée.

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