Forêts congolaises : enjeu sécuritaire mondial

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Forêts tropicales et souveraineté stratégique

La prise de parole du Président Denis Sassou-Nguesso, le 6 novembre à Bélem, a résonné bien au-delà des cercles écologistes. En liant explicitement la sauvegarde des forêts tropicales à la souveraineté des États qui les abritent, le chef de l’État a rappelé qu’aucune politique de sécurité durable ne peut ignorer l’intégrité des écosystèmes qui structurent le territoire national. Les 4 millions d’hectares d’aires protégées, soit 13,5 % du sol congolais, ne constituent pas seulement un patrimoine planétaire ; ils représentent un glacis naturel contre la déstabilisation des communautés, la criminalité environnementale et, à terme, les pressions démographiques liées au changement climatique.

De Bélem à Brazzaville, le message est clair : protéger la forêt revient à protéger la nation. La mise en valeur des tourbières, poumon de carbone et réservoir d’eau douce, confère au Congo une profondeur stratégique comparable à celle d’un système défensif avancé. Dans une ère où la compétition pour les ressources devient un facteur de conflictualité, la capacité d’un État à sécuriser ses biomes se mue en critère de puissance autant que de crédibilité diplomatique.

Forces armées et protection écosystémique

Le ministère de la Défense nationale, suivant les directives présidentielles, a intégré depuis plusieurs années la dimension « environnement opérationnel » dans ses plans de préparation. Les Forces armées congolaises (FAC) mènent, dans les parcs de Nouabalé-Ndoki ou d’Odzala-Kokoua, des patrouilles mixtes avec les éco-garde en charge de la lutte contre le braconnage et l’orpaillage illégal. Ces opérations de police verte mobilisent des unités légères, formées à la navigation fluviale et au pistage en jungle, compétences qui servent aussi aux missions de contre-insurrection.

Un officier de l’état-major des FAC confie que « la forêt impose des procédures de commandement décentralisé, utiles à toute manœuvre asymétrique ». En retour, la présence permanente de militaires dans ces zones éloignées contribue à la cartographie ISR du territoire et alimente le renseignement intérieur sur d’éventuels trafics transfrontaliers. Ainsi, l’effort écologique renforce la connaissance du milieu, variable clé de la planification opérationnelle.

Coopérations défense-climat Sud-Sud

En saluant l’initiative brésilienne de fonds pour les forêts, Denis Sassou-Nguesso a ouvert la voie à une convergence Sud-Sud qui dépasse le strict cadre climatique. Le partenariat envisagé avec Brasilia pourrait inclure des échanges de doctrine entre brigades d’infanterie de jungle, transfert de savoir-faire en logistique amphibie et partage d’imagerie satellitaire à très haute résolution. Au sein de la CEMAC, la mise en réseau des centres de commandement pour la surveillance continue des bassins forestiers constitue également un axe de coopération régionale à haute valeur ajoutée sécuritaire.

Le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo, déjà opérationnel, sert de levier diplomatique pour attirer des capitaux mais aussi des technologies duales : drones à voilure fixe pour la cartographie 3D, capteurs IoT pour la détection des feux et plates-formes de données souveraines hébergées dans le cloud étatique. L’intégration de ces outils dans la chaîne de commandement renforce l’autonomie stratégique face aux menaces transnationales que sont la cyber-intrusion ou l’exploitation illicite des ressources.

Financements climat et résilience sécuritaire

L’appel du Congo à l’honoration des promesses financières – adaptation, pertes et dommages, transition énergétique – n’est pas une supplique budgétaire mais une exigence de sécurité collective. Sans flux pérennes, les pays forestiers sont contraints de réallouer des crédits de défense vers des tâches de protection environnementale, ce qui fragilise tout l’édifice sécuritaire. Inversement, un financement climatique abondant réduit la pression sur les budgets militaires et permet de concentrer l’effort sur la formation, la modernisation et la réponse aux crises.

La Banque africaine de développement estime qu’un dollar investi dans la prévention écologique évite jusqu’à quatre dollars de dépenses en gestion de catastrophe. Transposé à la défense, ce ratio signifie que chaque hectare préservé diminue le risque d’interventions humanitaires d’urgence, de déplacements de population et de tensions intercommunautaires. Le Congo plaide donc pour une architecture financière où les critères de sécurité et de climat s’auto-renforcent dans une logique gagnant-gagnant.

Vers une doctrine congolaise de défense verte

À l’approche de la COP30, la diplomatie congolaise s’attelle à formaliser une doctrine de défense verte, articulant gestion durable des ressources et anticipation des menaces hybrides. Cette doctrine s’inspire de la « Déclaration de Brazzaville » issue du premier Congrès mondial des peuples autochtones des trois grands bassins forestiers. Elle pourrait comporter un volet académique, avec la création d’un institut militaire d’études climatiques, et un volet capacitaire, via l’acquisition de vecteurs aériens légers à faible empreinte carbone pour la surveillance.

En définitive, le Chef de l’État a rappelé que l’environnement n’est plus un théâtre périphérique mais le cœur même de la sécurité contemporaine. Du négoce des crédits carbone à la projection de stabilité régionale, le Congo se positionne comme un acteur pivot, conciliant protection de la biodiversité et affirmation de ses intérêts stratégiques. L’avenir dira combien de nations emboîteront le pas, mais le signal envoyé à Bélem vaut promesse : la forêt congolaise reste, et restera, un rempart vivant au service de la paix.

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