Forum Brazza Cyber Security 2025 : Brazzaville muscle son cyber-bouclier

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Brazzaville, carrefour régional de la cyber réflexion

Sous les lambris feutrés du Centre international des conférences de Kintélé, le Forum Brazza Cyber Security 2025 réunit pendant deux jours l’ensemble de l’écosystème africain de la sécurité numérique. L’initiative, portée par la start-up Skytech-Congo et adossée à l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, s’inscrit dans la vision présidentielle d’un Congo stratégiquement ancré dans le cyberespace. Des officiers de l’état-major congolais côtoient magistrats, chercheurs, industriels et jeunes créateurs de solutions. « La cybersécurité n’est plus un sujet périphérique ; elle irrigue désormais la stabilité nationale », rappelle Léon Juste Ibombo dès l’ouverture, soulignant le glissement d’un enjeu purement technique vers une question de souveraineté et de dignité continentale.

Une doctrine nationale fondée sur la souveraineté numérique

L’édition 2025 consacre la maturation d’une doctrine congolaise articulée autour de la souveraineté technologique. L’opérationnalisation récente de l’ANSSI, la construction du data center national et le lancement du Centre africain de recherche en intelligence artificielle traduisent le passage du concept à l’action. Ces infrastructures, pensées pour résister aux scénarios de rupture – coupures de câbles sous-marins, attaques par rançongiciels ou campagnes de désinformation – renforcent l’autonomie de décision des autorités civiles et militaires. Pour le colonel Mamboua, chef de la division cybersécurité des Forces armées congolaises, « disposer de clouds souverains et de capacités de chiffrement endogènes conditionne désormais la manœuvre opérationnelle, qu’elle soit terrestre, aérienne ou maritime ».

Des partenariats public-privé au service de la résilience

Le forum met en lumière une méthode fondée sur la complémentarité entre institutions publiques, start-up et grands industriels. Kosala, Osiane, Alliance Smart Africa ou encore Genew Technology dévoilent des prototypes de capteurs réseau à bas coût, capables d’être déployés sur des sites sensibles de la Gendarmerie ou des terminaux pétroliers du golfe de Guinée. L’approche conjointe facilite par ailleurs le maintien en condition opérationnelle des équipements, enjeu souvent sous-estimé dans les architectures africaines. Le ministère des Finances a ainsi validé un mécanisme d’achats groupés permettant d’abaisser de 20 % le coût des licences de sécurité. « La résilience nationale se tisse fil après fil, et chaque entreprise y apporte sa maille », souligne un conseiller technique auprès du Premier ministre.

Formation et inclusion, leviers de puissance

L’un des temps forts de l’édition 2025 demeure la session dédiée au capital humain. Près de la moitié des conférenciers ont moins de trente ans et un quart sont des femmes, à l’image du collectif Kongo Cyber Women qui promeut la place des étudiantes en cryptographie. L’École 21 et le programme Phone Control dévoilent un cursus accéléré destiné aux sous-officiers de la Police nationale, centré sur la réponse aux incidents et la conservation de la preuve numérique. Pour le professeur Moussavou, directeur de l’Institut supérieur de défense, « la supériorité informatique ne se décrète pas, elle se cultive sur les bancs d’école et dans les laboratoires ». La perspective d’une réserve cyber citoyenne, pilotée par l’INSSI, est également évoquée afin de capter les talents de la diaspora.

Vers une architecture régionale de confiance

Au-delà des frontières du Congo-Brazzaville, le FBC 2025 sert de caisse de résonance à une coopération sécuritaire élargie. Les États de la CEMAC explorent la création d’un centre d’alerte et de partage d’information inspiré du modèle européen CERT-EU, adossé à la fibre dorsale CAB 3. Un tel dispositif permettrait de mutualiser la veille sur les menaces visant les plateformes aéroportuaires, les pipelines transfrontaliers et les missions de maintien de la paix. Dans son allocution de clôture, Léon Juste Ibombo insiste : « La souveraineté numérique africaine ne se décrète pas, elle se construit main dans la main ». Le ton est à l’action : un groupe de travail restreint remettra dès février 2026 une feuille de route technique, incluant l’interopérabilité des solutions développées par les start-up locales.

Cap sur 2026 : assurer la continuité stratégique

À l’issue de cette troisième édition, Brazzaville consolide son rôle de plaque tournante pour la cyberdéfense en Afrique centrale. L’engagement financier de bailleurs, tels la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, conjugué à la volonté politique constante du chef de l’État, ouvre une trajectoire de long terme. Les forces armées et de sécurité disposent désormais d’un cadre doctrinal, d’outils techniques et d’un vivier de compétences pour contrer une menace numérique en mutation permanente. En 2026, la mise en service complète du data center national et l’intégration progressive de solutions d’intelligence artificielle souveraine devront confirmer la promesse affichée cette année : faire du cyberespace non plus une zone de vulnérabilité, mais un domaine de puissance pour le Congo et, au-delà, pour toute l’Afrique centrale.

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