Une suspension motivée par l’impératif sécuritaire
Lorsque le ministre d’État Alphonse Claude N’Silou annonça, devant l’Assemblée nationale, la suspension temporaire des importations de machettes et de motos, l’opinion publique mesura soudain l’ampleur d’un phénomène jusque-là jugé périphérique. La prolifération d’armes blanches dans les rangs de bandes de jeunes, parfois encore scolarisés, avait fait basculer certains quartiers dans une spirale de violence tolérée par aucun État responsable. En décidant de « fermer le robinet » à la frontière, le gouvernement a d’abord voulu assécher la source d’outils détournés de leur vocation agricole ou logistique, plaçant la protection des citoyens au cœur de la décision. Les forces de sécurité intérieure ont rapidement confirmé que la raréfaction des machettes neuves compliquait l’approvisionnement clandestin des groupes violents, preuve empirique de la corrélation entre flux commerciaux et menace criminelle.
- Une suspension motivée par l’impératif sécuritaire
- Concertation interministérielle et renseignement intérieur
- Vers un dispositif de traçabilité renforcée
- Impact opérationnel sur les forces de sécurité
- Une opportunité pour l’industrie locale
- Perspectives régionales et coopération CEMAC
- Le pari d’une relance sécurisée
Concertation interministérielle et renseignement intérieur
Une telle mesure ne pouvait toutefois produire ses effets qu’à la condition d’une coordination étroite entre le Commerce, la Sécurité, l’Agriculture et les douanes. Sous l’égide du Conseil national de sécurité, un groupe technique a cartographié les circuits d’importation, recoupant les données du Service national de renseignement intérieur avec celles du guichet unique des douanes. Cette approche a permis d’identifier les maillons vulnérables, notamment certains points d’entrée secondaires au nord de la Likouala. En parallèle, la gendarmerie a conduit des patrouilles focalisées sur les marchés périurbains où les stocks pré-existants étaient susceptibles d’alimenter une revente illicite. Le législateur, pour sa part, a engagé la révision du code du commerce afin d’y introduire une obligation de déclaration préalable pour toute importation d’armes blanches au-delà d’un certain seuil, initiative saluée comme un modèle d’interaction civilo-militaire.
Vers un dispositif de traçabilité renforcée
La levée prévue en décembre s’accompagnera d’un arsenal réglementaire inédit pour ce type d’outils. Chaque machette sera frappée d’un marquage sécurisé à la forge puis enregistrée dans une base de données nationale reliée au système douanier Sydonia. Les motos, quant à elles, devront être équipées d’une plaque d’identification RFID, facilitant leur repérage en cas de délits de fuite ou de portage d’armes. Les importateurs agréés accepteront un cahier des charges inspiré des meilleures pratiques de contrôle des biens à double usage, avec audits réguliers menés par la Direction générale de la métrologie légale. L’objectif n’est pas de restreindre l’accès des agriculteurs ou des transporteurs, mais de garantir que chaque outil soit rattaché à un propriétaire clairement identifié, comme l’explique un colonel de la Police nationale : « La traçabilité dissuade l’anonymat, et l’anonymat nourrit l’impunité ».
Impact opérationnel sur les forces de sécurité
Sur le terrain, la suspension a offert un répit tactique aux unités d’intervention rapide, lesquelles ont pu concentrer leurs efforts sur les stocks existants plutôt que sur un flux entrant continu. Le bilan intermédiaire de la Direction centrale de la sécurité publique fait état d’une baisse de vingt-deux pour cent des agressions à l’arme blanche dans les zones urbaines prioritaires depuis le début de l’année, indicateur corroboré par les services hospitaliers. Les forces motorisées de la police ont profité de l’accalmie pour mener des opérations de sensibilisation dans les lycées techniques, rappelant à la jeunesse que la possession d’une machette ne saurait être banalisée. Cette dynamique positive risque cependant de s’éroder si la reprise des importations n’est pas solidement encadrée, d’où l’importance des textes attendus pour décembre.
Une opportunité pour l’industrie locale
La séquence a également rouvert le débat sur la souveraineté industrielle. Plusieurs PME métallurgiques de Pointe-Noire, soutenues par l’Agence congolaise de normalisation, ont présenté au ministère de l’Industrie des prototypes de machettes fabriquées à partir d’acier recyclé localement. À Brazzaville, un consortium a lancé une ligne pilote d’assemblage de motos légères destinées au marché rural, avec un contenu local annoncé de quarante pour cent. Selon l’économiste Lucien Makosso, « la sécurisation du marché intérieur peut créer un effet d’aubaine pour les producteurs nationaux, pourvu que la commande publique et les exonérations ciblées soient au rendez-vous ». Ainsi, la politique de sécurité rejoint la stratégie de relance post-pandémie, où l’État oriente la demande vers des filières créatrices d’emplois qualifiés.
Perspectives régionales et coopération CEMAC
En choisissant décembre comme horizon, Brazzaville laisse le temps aux partenaires de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale de s’aligner sur des standards communs. Des discussions techniques sont en cours avec le Cameroun pour interconnecter les bases de données de traçabilité des machettes, tandis que le Gabon mène des essais d’étiquetage numérique des cadres de motos. Cette démarche s’inscrit dans la vision, portée par le président Denis Sassou Nguesso, d’une sécurité collective où les frontières ne soient pas des passoires mais des filtres intelligents. À terme, un certificat d’origine sécurisé CEMAC pourrait devenir le sésame unique des importateurs, réduisant la fraude documentaire et améliorant les recettes douanières.
Le pari d’une relance sécurisée
La levée programmée de la suspension n’est donc pas un simple retour au statu quo ante, mais l’aboutissement d’un processus d’ingénierie réglementaire nourri par l’expérience de terrain. La réussite dépendra de la capacité des forces de sécurité à exploiter les nouvelles données de traçabilité, de celle des juridictions à sanctionner les contrevenants, mais aussi de l’engagement du tissu économique à jouer le jeu de la conformité. En filigrane, se dessine une doctrine congolaise de prévention des violences par la maîtrise des chaînes logistiques, illustration concrète du continuum sécurité-développement défendu dans la dernière revue stratégique nationale. Décembre scellera leur retour, mais la vigilance restera la condition de la confiance.
