ONU 80 ans : Brazzaville, vigie multilatérale

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Célébration diplomatique et résonance stratégique

Le 28 octobre 2025, le Palais des Congrès de Brazzaville a revêtu les atours de la solennité pour saluer huit décennies d’existence de l’Organisation des Nations Unies. L’ouverture par les hymnes du Congo et de l’ONU a instantanément installé l’événement dans une double symbolique : l’enracinement national et l’appartenance à une communauté internationale fondée sur la paix collective. Diffusé en ouverture, le film « Le Congo et les Nations Unies » a donné la parole au président Denis Sassou-Nguesso. Son message, à la fois sobre et ferme, a rappelé que la défense de la souveraineté nationale trouve un écho naturel dans le multilatéralisme onusien, conçu pour empêcher la réédition des conflits majeurs qui ont ébranlé le XXᵉ siècle.

Synergie gouvernance-sécurité sous l’égide onusienne

La succession d’interventions qui a rythmé la cérémonie a clarifié la portée stratégique de la coopération Congo-ONU. Abdourahamane Diallo, coordonnateur résident du Système des Nations Unies, a refait le chemin parcouru depuis 1945 en rappelant que « personne ne doit être laissé pour compte ». Le propos prend une résonance particulière pour les décideurs sécuritaires : la stabilité intérieure s’appuie sur des politiques d’inclusion, de santé publique et d’emploi, autant de facteurs qui conditionnent la résilience des forces et de la population. En retour, le capital de sécurité que déploie l’État protège les investissements humains consentis par les agences onusiennes. La boucle vertueuse ainsi décrite fait de la diplomatie de développement un allié structurel de la sécurité nationale.

La santé publique, avant-poste de la défense humaine

Mohamed Yacoub, directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique, a souligné la pertinence du tandem formé avec le Gouvernement congolais dans la lutte contre les épidémies. Derrière l’accent porté sur l’innovation médicale transparaît une dimension de sécurité : la maîtrise des risques sanitaires est devenue l’un des critères cardinaux de la souveraineté. Dans un environnement où les pandémies peuvent fracturer le tissu social, compromettre les capacités opérationnelles et déstabiliser les institutions, la santé publique se mue en profondeur en bouclier stratégique. Le discours royal du praticien onusien confirme ainsi que les logiques de défense ne se limitent plus aux seules postures militaires, mais embrassent l’ensemble des dispositifs de protection de la nation.

Un plaidoyer diplomatique pour la réforme et la paix

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, a livré le temps fort politique de la matinée. Devant un parterre de diplomates, d’officiels et de représentants de la société civile, il a rappelé que l’ONU demeure « indispensable, à condition qu’elle sache se réformer et se rapprocher des peuples ». Ce mot d’ordre traduit la doctrine congolaise : défendre une architecture collective qui conserve la légitimité d’arbitrer les crises, tout en demeurant à l’écoute des réalités locales. Pour Brazzaville, la rénovation du Conseil de sécurité, la transparence des opérations et l’adaptation aux menaces émergentes constituent des paramètres incontournables d’une sécurité globale crédible. En suggérant une ONU plus agile, le Congo revendique ouvertement une place de facilitateur au sein du concert africain.

Multilatéralisme et responsabilité partagée

La tonalité générale de la commémoration s’est articulée autour du thème « Construisons notre avenir ensemble », message repris par António Guterres dans la note qu’a relayée Abdourahamane Diallo. Face aux défis de sécurité alimentaire, de changement climatique ou de criminalité transnationale, la réponse isolée d’un État est inévitablement incomplète. Le choix de Brazzaville de s’aligner sur une démarche collective rappelle combien le concept de sécurité coopérative prévaut aujourd’hui. S’adosser à l’ONU, c’est renforcer les mécanismes de prévention, bénéficier d’expertises spécialisées et inscrire le Congo dans une gouvernance où la solidarité constitue un multiplicateur de puissance pacifique.

Projection stratégique au-delà de la commémoration

Au terme de la cérémonie, les oriflammes rangées et les micros coupés, subsiste une feuille de route : traduire dans les politiques publiques l’élan célébré cette journée-là. À l’aube de la neuvième décennie onusienne, la République du Congo confirme, par la voix de ses plus hautes autorités, que sa défense, sa diplomatie et son développement constituent les trois faces d’une même équation stratégique. Entretenu dans une vision de long terme, le partenariat avec les agences des Nations Unies continuera d’alimenter la modernisation des capacités civiles et sécuritaires du pays. L’ancrage multilatéral est dès lors perçu non plus comme une obligation protocolaire, mais comme une condition d’efficacité pour anticiper les risques et protéger la communauté nationale.

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