Brazzaville relance l’agenda des réformes de l’OMAOC
Dans l’amphithéâtre feutré du ministère des Transports, le verbe mesuré d’Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas a résonné comme une injonction stratégique : poursuivre sans délai la refonte de l’Organisation maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Au-delà de l’exercice protocolaire, la présidente en exercice du Bureau des ministres a rappelé que la crédibilité de l’OMAOC se joue désormais sur sa capacité à devenir un pivot opérationnel au service de la sûreté des routes maritimes, artères vitales pour l’économie régionale.
- Brazzaville relance l’agenda des réformes de l’OMAOC
- Une gouvernance financière tournée vers la dissuasion maritime
- Modernisation des moyens navals congolais et coopération régionale
- Lutte contre la piraterie : du renseignement à l’action
- Formation et industrie navale : un écosystème à densifier
- Horizon 2026 : scénarios pour la sûreté du Golfe de Guinée
En appelant à « une organisation plus intégrée et performante », la ministre congolaise a fixé un cap diplomatique conforme à la vision du chef de l’État, Denis Sassou Nguesso : consolider la dimension sécuritaire de la coopération maritime afin de protéger les flux énergétiques et commerciaux qui longent le littoral congolais. Le message, ferme mais consensuel, a été salué par les délégations, conscientes que l’avenir de la liberté de navigation dans le Golfe de Guinée dépend d’une gouvernance rénovée.
Une gouvernance financière tournée vers la dissuasion maritime
Au centre des échanges, le Fonds maritime régional et le projet de Banque maritime de développement se dessinent comme des instruments de souveraineté collective. Doté d’un premier capital alimenté par les États membres, le Fonds financera l’acquisition de vedettes rapides, de systèmes de surveillance côtière et de centres de coordination, autant de briques indispensables à la dissuasion face à la piraterie et à la pêche illégale.
La Banque maritime, quant à elle, vise à mutualiser les grands investissements portuaires et industriels, tout en offrant des lignes de crédit à taux préférentiel pour le maintien en condition opérationnelle des flottes étatiques. Pour Brazzaville, cette architecture financière marque le passage d’une coopération essentiellement normative à une solidarité capacitaire, conforme aux exigences de l’action de l’État en mer établies dans la Charte africaine révisée des transports maritimes désormais en vigueur.
Modernisation des moyens navals congolais et coopération régionale
La République du Congo, forte de ses 170 kilomètres de façade atlantique, a entrepris d’adapter sa Marine nationale aux nouveaux standards dictés par l’OMAOC. La réception récente de patrouilleurs de haute mer de type OPV-45, équipés de radars de veille surface et d’armements télé-opérés, témoigne de cette volonté d’alignement capacitaire. L’état-major congolais prépare par ailleurs l’intégration de drones aéro-maritimes, afin d’étendre la bulle de surveillance au-delà des 200 milles.
Ces acquisitions s’inscrivent dans un canevas plus large : l’interopérabilité croissante avec les marines du Cameroun, du Gabon et du Bénin lors des exercices NEMO. Les futures communications sécurisées financées par le Fonds maritime régional permettront de transmettre en temps quasi réel les positions suspectes aux centres d’opérations maritimes nationaux, garantissant ainsi une réactivité accrue lors des alertes.
Lutte contre la piraterie : du renseignement à l’action
Selon le dernier rapport du Centre interrégional de coordination de Yaoundé, 80 % des incidents constatés en 2022 dans le Golfe de Guinée se sont produits à moins de 60 milles des côtes. La donnée confirme la pertinence d’un maillage côtier renforcé plutôt qu’une simple projection au large. C’est dans cet esprit que l’OMAOC travaille à un protocole de partage automatisé des images satellites Sentinel et COSMO-SkyMed, couplées aux informations AIS collectées par les armateurs.
Pour le commandant de la zone maritime Pointe-Noire, le capitaine de vaisseau Félix Oko, « la fusion du renseignement civil et militaire est l’oxygène de l’action navale ». Sur cette base, la force conjointe opérationnelle Jacqueville-Pointe-Noire a neutralisé, en juillet dernier, un groupe de malfaiteurs spécialisé dans les détournements de GNL. L’affaire illustre la boucle vertueuse escomptée par les réformes : alerte interétatique, interception coordonnée et judiciarisation rapide.
Formation et industrie navale : un écosystème à densifier
La régionalisation de la sécurité maritime ne saurait prospérer sans un capital humain qualifié. L’École supérieure de la marine marchande de Brazzaville a ainsi signé, en marge de la session, un mémorandum avec l’Institut des hautes études de défense du Nigéria portant sur l’échange d’instructeurs en guerre électronique et en cyberdéfense navale. Objectif : doter les officiers africains des compétences nécessaires à la gestion des systèmes C4ISR désormais déployés sur les côtes.
Parallèlement, les chantiers navals de Pointe-Noire se positionnent pour la construction de coques en aluminium destinées aux vedettes des garde-côtes. Soutenue par des mesures d’offset, cette relocalisation industrielle doit réduire les délais de maintenance et créer un tissu de PME spécialisées, condition sine qua non de la souveraineté technique prônée par l’OMAOC.
Horizon 2026 : scénarios pour la sûreté du Golfe de Guinée
Les prévisions du Secrétariat général tablent sur une baisse supplémentaire de 30 % des actes de piraterie d’ici à 2026, à condition que les financements promis soient libérés et que l’interconnexion des centres de surveillance devienne effective. Le succès dépendra également de la capacité des États à harmoniser leurs législations, afin de juger sans délai les auteurs d’actes illicites arrêtés dans les eaux voisines.
Consciente de ces enjeux, la ministre Ebouka-Babackas a clos les travaux en exhortant les délégations à « saisir l’opportunité historique de faire du Golfe de Guinée un espace de prospérité partagée ». Une déclaration qui résonne comme une feuille de route : doter la région d’outils financiers, techniques et juridiques suffisamment robustes pour garantir, sur la durée, la sécurité du couloir énergétique le plus stratégique d’Afrique.
