Sommet UA-UE : Cap sécuritaire pour Brazzaville

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Le Congo en première ligne diplomatique à Luanda

Représentant le président Denis Sassou Nguesso, le ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger, Jean-Claude Gakosso, a pris une part active au 7ᵉ Sommet Union africaine-Union européenne tenu les 24 et 25 novembre à Luanda. À la table des chefs d’État, il a martelé que la sécurité collective ne saurait être dissociée du développement et qu’« il appartient désormais aux Africains de forger leur propre puissance ». Cette posture, loin de s’opposer à l’Europe, plaide pour un partenariat d’égal à égal, où les priorités opérationnelles du continent, notamment la lutte contre le terrorisme, la piraterie et la criminalité transfrontalière, sont pleinement intégrées aux programmes financés par l’initiative européenne Global Gateway.

Vers un écosystème de défense afro-européen équilibré

Les conclusions du sommet, consignées dans une déclaration commune, rappellent la nécessité d’« investissements de sécurité durables ». Pour Brazzaville, l’équilibre suppose d’abord la montée en compétence des forces nationales et régionales. L’appui européen – formation, interopérabilité, partage de renseignement – doit se conjuguer avec une appropriation africaine des théâtres d’opérations. Dans les couloirs de Luanda, des diplomates congolais ont insisté sur la mutualisation des centres d’entraînement, à commencer par l’École supérieure de guerre de l’Afrique centrale et le futur complexe régional de lutte contre la piraterie de Pointe-Noire. Les financements Global Gateway pourraient, selon une source du ministère, couvrir l’extension de simulateurs de terrain et l’acquisition de moyens ISR conçus localement.

L’autonomie stratégique passe par l’industrie de défense

Jean-Claude Gakosso a rappelé que « l’illusion d’un salut importé est impardonnable ». En matière militaire, cette mise en garde résonne comme un appel à structurer des chaînes de valeur africaines : munitions de petit calibre, équipements individuels, drones tactiques et maintenance aéronautique. Le Congo a déjà engagé, avec le soutien de partenaires européens et asiatiques, une modernisation de l’atelier central logistique des Forces armées congolaises. L’enjeu est double : garantir la souveraineté d’approvisionnement tout en suscitant un tissu de PME capable d’exporter vers la CEMAC. Luanda a ainsi été l’occasion d’ébaucher un accord cadre tripartite – Congo, Angola, Union européenne – sur la codélocalisation de certaines lignes de production duales destinées aux marchés civils et militaires.

Jeunesse, formation et résilience sécuritaire

La démographie africaine, décrite par le ministre comme un « vivier d’énergie et de bras valides », constitue un atout majeur pour la résilience nationale. Brazzaville entend capitaliser sur l’offre européenne de bourses STEM du programme Erasmus+ tout en exigeant la réciprocité : l’accueil, au Congo, de formateurs européens spécialisés en cyberdéfense, en déminage humanitaire et en gestion des catastrophes. Façonnée dans les centres de formation de Loudima et de Kintélé, la nouvelle génération d’officiers congolais se voit déjà confier, dans le cadre des missions onusiennes et de l’Initiative d’Accra, la conduite d’unités interarmées. « Former chez nous, déployer pour la paix », résume un colonel stagiaire, convaincu que la crédibilité des forces passe par un ancrage territorial de la connaissance.

Des perspectives opérationnelles régionales renforcées

Au sortir des débats, plusieurs axes concrets ont été identifiés. D’abord, l’intensification des patrouilles conjointes dans le golfe de Guinée, où la piraterie reste un risque critique pour le corridor pétrolier Pointe-Noire-Lagos. Ensuite, l’intégration des unités congolaises au futur mécanisme de réponse rapide de l’Union africaine, avec un accent mis sur le soutien logistique héliporté et le renseignement électro-optique. Enfin, l’adoption prochaine, à Brazzaville, d’une feuille de route cyber Afrique centrale-UE, visant à harmoniser les standards de résilience numérique et à protéger les infrastructures critiques régionales. « Le Congo ne revendique pas la tutelle, mais le devoir de proposition », confie un diplomate, rappelant que la stabilité de l’Afrique centrale conditionne aussi la sécurité énergétique de l’Europe.

Un partenariat sécuritaire à géométrie maîtrisée

En filigrane de tous les échanges, la doctrine congolaise se dessine : accepter l’appui extérieur sans dépendance, valoriser les capacités locales sans autarcie, et inscrire la coopération dans une logique de résultats mesurables. Brazzaville aborde donc les prochaines échéances – conférence de révision du Cadre conjoint UA-UE et élaboration de la stratégie maritime régionale – avec un capital politique renforcé. En fixant clairement la priorité à la sécurité, le Congo a su faire du Sommet de Luanda un laboratoire diplomatique où l’équation gagnant-gagnant se conjugue désormais au registre stratégique.

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