Trafic de chimpanzé: riposte de la gendarmerie

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Gendarmerie de Bouenza en première ligne

L’interpellation opérée à Nkayi le 28 octobre par la région de gendarmerie de la Bouenza illustre la montée en gamme des unités territoriales dans la lutte contre les crimes fauniques. Alertés par des renseignements de proximité, les gendarmes ont conduit une opération discrète, privilégiant la flagrance afin de préserver les éléments constitutifs de l’infraction. Au terme de la manœuvre, un Congolais d’une quarantaine d’années a été arrêté alors qu’il détenait un bébé chimpanzé – espèce intégralement protégée au titre de l’arrêté 6075 de 2011.

Le commandant de compagnie, le capitaine Hervé N’Goma, résume l’enjeu sécuritaire : « Le trafic d’espèces menacées finance parfois d’autres formes de criminalité, de la contrebande de bois jusqu’au blanchiment d’argent. Notre action vise à tarir ces flux illicites à la racine. » Les procédures d’audition menées au poste de Madingou ont permis de documenter la chaîne logistique, des forêts du Pool jusqu’aux acheteurs présumés sur la façade maritime, démontrant la pertinence d’un maillage serré des forces de sécurité intérieure.

Chaîne de renseignement faunique renforcée

L’affaire met en évidence la maturation d’un cycle « collecte-exploitation-diffusion » consacré au renseignement environnemental. Les agents de la Direction départementale de l’Économie forestière (DDEF), formés aux techniques de profiling par le Projet d’Appui à l’Application de la Loi sur la Faune (PALF), ont fourni des recoupements documentaires essentiels: habitudes du suspect, points de passage, prix pratiqués.

Selon un officier analyste de la Cellule mixte de lutte contre la criminalité faunique, « le renseignement humain reste la clé, mais il s’enrichit dorénavant d’outils numériques : cartographie satellitaire, groupes de messagerie cryptée infiltrés, et bases de données partagées avec Interpol-ENV. » Cette hybridation technologique confère à la République du Congo une visibilité régionale croissante, contribuant à sécuriser les corridors forestiers du Bassin du Congo tout en renforçant la légitimité des forces de l’ordre auprès des communautés riveraines.

Coopération inter-agences et appui international

Le transfert immédiat du primate au sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall, manifeste une articulation fluide entre l’outil répressif et l’écosystème de conservation. Les vétérinaires du site ont stabilisé l’animal, âgé d’environ six mois, avant d’entamer un protocole de réhabilitation en vue d’une réintroduction graduelle.

Sur le plan judiciaire, le parquet du Tribunal de grande instance de Madingou s’appuie sur l’article 27 de la loi 37/2008 pour requérir jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et cinq millions de francs CFA d’amende. L’audience à huis clos du 6 novembre a permis au prévenu de reconnaître les faits. Maître Clarisse Kanga, substitut du procureur, rappelle : « En sanctionnant le braconnage, nous préservons un capital naturel qui participe à la sûreté alimentaire, au rayonnement diplomatique et au maintien de la paix sociale. »

Dimension sécuritaire du trafic d’espèces protégées

Au-delà de l’émotion suscitée par la captivité d’un grand primate, le dossier révèle les ramifications d’une économie parallèle susceptible de fragiliser la cohésion nationale. Selon des données croisées par le Centre d’études stratégiques du ministère de la Défense, l’Afrique centrale perdrait chaque année près de 500 millions de dollars au profit de réseaux transfrontaliers mêlant trafiquants, milices locales et cybercourtiers.

La République du Congo, sous l’impulsion du président Denis Sassou-Nguesso, positionne la conservation comme un pilier de stratégie de sécurité humaine. Les patrouilles mixtes gendarmerie-Forces armées congolaises dans la cuvette Ouest et le Pool sont désormais dotées de drones légers pour détecter en temps réel les campements de braconniers. Cette intégration des moyens ISR accentue l’effet dissuasif et conforte la loi de programmation militaire dans son volet protection de l’environnement.

Perspectives : doctrine de conservation et résilience nationale

Le verdict attendu le 20 novembre 2025 à Madingou servira de référence jurisprudentielle. Il pourrait également encourager de nouveaux financements verts, notamment au titre de l’Initiative pour la Forêt d’Afrique centrale, dont Brazzaville est un acteur moteur.

Parallèlement, le ministère de l’Intérieur finalise un plan de formation des brigades forestières, adossé à l’École nationale des officiers de Kintélé. L’objectif est de certifier 200 enquêteurs d’ici à 2026, capables d’instruire les délits fauniques selon des standards probatoires internationaux.

À moyen terme, la sécurisation des écosystèmes congolais s’inscrit dans une diplomatie de stabilité régionale : en protégeant le chimpanzé et les autres grands primates, le pays défend un patrimoine vivant tout en consolidant un ordre public fondé sur la prévisibilité juridique et la confiance des populations. Le bébé chimpanzé de Nkayi deviendra ainsi, au-delà du symbole, la preuve tangible qu’une approche holistique – défense, sécurité intérieure et partenariat civil – peut porter ses fruits dans la Bouenza comme sur l’ensemble du territoire.

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