Un chantier agricole au cœur de la stabilisation du Pool
À Kinkala, chef-lieu du département du Pool, la date du 26 novembre 2025 restera gravée comme celle où la logique des armes a cédé la place à la logique de la terre. Sous l’autorité du ministre, chef d’état-major particulier du chef de l’État, Léonard Noël Essongo, représentant le ministre d’État directeur du cabinet présidentiel, le ruban inaugural du site maraîcher de Yalavounga a été sectionné. Derrière le geste symbolique s’énonce une philosophie stratégique : consolider la paix par la création d’opportunités économiques tangibles. Le Pool, autrefois théâtre d’instabilités sporadiques, devient ainsi le laboratoire d’une nouvelle approche congolaise de sécurité humaine, où le développement rural est érigé en outil de prévention des conflits. Les autorités l’ont rappelé, la proximité de Kinkala avec Brazzaville, principal bassin de consommation, offre aux futurs horticulteurs un débouché naturel capable de pérenniser l’effort de réconciliation.
Synergie civilo-militaire et pilotage stratégique du DDR
La cérémonie, menée en deux temps – allocutions en ville, visite du site dans la vallée – a mis en lumière la complémentarité des acteurs. Autour de la tribune se côtoyaient parlementaires, autorités préfectorales, cadres du cabinet militaire de la présidence, agences onusiennes, sans oublier le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (FIGA). Chacun, à son échelle, contribue à l’architecture Désarmement-Démobilisation-Réinsertion imaginée par le Président Denis Sassou Nguesso. Le chiffrage du projet – 3,8 milliards de francs CFA – rappelle qu’il s’agit d’une opération à la fois sécuritaire et industrielle : le site de Yalavounga n’est pas un simple potager, mais une exploitation mécanisée sur plusieurs hectares, bordée d’un cours d’eau vital pour l’irrigation et d’une route stratégique pour l’évacuation rapide des denrées. Cette intégration logistique, éclairée par les états-majors, garantit la viabilité commerciale et la sûreté du périmètre.
Du fusil à la houe : trajectoires de réinsertion
Euloge Landry Kolelas, ministre Haut-Commissaire à la Réinsertion des ex-combattants, a replacé le site dans le continuum DDR. Après la collecte de 7 500 armes et la démobilisation en cantonnement sécurisé, vient l’étape cruciale de l’inclusion productive. À Yalavounga, l’ancienne hiérarchie paramilitaire se transforme en coopérative agricole, chaque groupe de travail gérant une parcelle identifiable. Ce basculement de statut crée une identité professionnelle nouvelle qui réduit le risque de récidive armée. « La terre ne ment jamais », a lancé le préfet Jules Mounkala Tchoumou, citant un adage partagé par les bénéficiaires. Le discours résonne comme une promesse de dignité retrouvée. Pour ces hommes et ces femmes, la houe incarne désormais un pouvoir d’achat licite, tandis que les formations délivrées par le PNUD introduisent des modules de comptabilité, d’hygiène et de gestion des risques climatiques, autant de compétences transférables dans l’économie nationale.
Impact socio-économique et sécurité humaine
Le modèle adopté ambitionne la création d’une ceinture verte approvisionnant Brazzaville, réduisant la dépendance alimentaire extérieure et renforçant la résilience des foyers urbains. Sur le plan sécuritaire, l’effet dissuasif est double. D’une part, l’augmentation des revenus légaux amoindrit l’attrait des trafics transfrontaliers qui gangrenaient le Pool. D’autre part, la présence régulière de patrouilles mixtes gendarmerie-police autour du site protège les cultures et rassure les investisseurs agricoles. Les premiers relevés indiquent une baisse significative des vols et des incidents signalés dans la zone périphérique, confirmant que croissance et sûreté ne se contredisent pas mais se renforcent mutuellement. Au-delà des ex-combattants, dix mille riverains bénéficient d’emplois directs ou induits, qu’il s’agisse du transport, de la transformation ou de la vente des produits maraîchers. Cette dynamique diffuse renforce le tissu social et réduit la fracture entre anciens belligérants et communautés d’accueil.
Perspectives pour la paix durable et l’autonomie alimentaire
Le site de Yalavounga constitue la première brique d’une stratégie plus large visant à déployer, à terme, un réseau de pôles agro-industriels dans chacun des départements à enjeu sécuritaire. Les acteurs militaires, en appui, assurent la sécurisation des couloirs logistiques, la cartographie des surfaces cultivables et la veille contre les tentatives de sabotage ou de pillage. La coordination régulière avec les forces de la Mission de l’Union africaine pour l’observation du cessez-le-feu garantit une atmosphère de confiance propice aux investissements privés. Pour la représentante résidente du PNUD, Adama-Dian Barry, « le Congo démontre qu’une armée qui protège peut aussi semer les germes du développement ». À moyen terme, les productions maraîchères devraient alimenter les rations des contingents engagés dans les opérations de maintien de la paix, créant une boucle vertueuse entre défense et agriculture. Par cet ancrage sur la terre nourricière, Brazzaville envoie un signal fort : la reconstruction post-conflit passe par la souveraineté alimentaire et la dignité économique des citoyens.
