Combat rapproché à Brazzaville: levier stratégique

7 Min de Lecture

Brazzaville se mue en dojo stratégique

Le 20 décembre, le gymnase du lycée de la Révolution a vibré au rythme feutré des frappes et des projections. Officiellement placée sous l’égide de la Fédération internationale des arts martiaux mixtes, la première compétition congolaise de combat rapproché a réuni plus de quatre-vingt-dix athlètes issus des neuf arrondissements de la capitale. Au-delà d’un simple rendez-vous sportif, l’événement constitue une pierre d’angle dans l’édification d’une culture nationale de la défense de proximité. Le choix du combat corps-à-corps – discipline exigeante, conjuguant contrôle de soi, esprit d’équipe et robustesse physique – fait écho aux besoins exprimés par les forces armées congolaises pour le maintien de l’ordre urbain et les engagements à très courte distance. Dans les tribunes se sont ainsi côtoyés familles, cadres militaires et responsables de la sécurité intérieure, conscients du rôle matriciel qu’un tel tournoi peut jouer pour la constitution d’un vivier de recrues aguerries.

Une diplomatie de la ceinture noire avec Moscou

Présidente de séance, la mission diplomatique russe conduite par l’ambassadeur Ilyas Iskandarov a rappelé combien le sport de combat peut servir de vecteur de partenariat stratégique. Dans un discours fortement applaudi, le chef de poste a souligné que « le combat rapproché n’est pas qu’un sport, c’est une école de caractère et une préparation au service de la patrie ». Ces propos trouvent un écho particulier dans l’intensification récente de la coopération sécuritaire entre Brazzaville et Moscou, axée sur la formation, le soutien logistique et le partage d’expertise. En conviant l’entraîneur de l’équipe nationale russe de combat rapproché, Sergueï Machuline, à superviser les juges et à transmettre ses méthodes, la partie russe illustre un soft power assumé, où la ceinture noire devient un instrument de dialogue militaire et d’influence culturelle.

Capitaliser pour la préparation opérationnelle congolaise

Pour les autorités nationales, la tenue d’une telle compétition dépasse le champ symbolique. Force est de constater que les engagements contemporains – patrouilles urbaines, sécurisation d’infrastructures critiques, interventions en zone littorale – requièrent une maîtrise fine du combat à distance zéro. Or, jusqu’ici, l’enseignement formel de ces techniques restait limité aux unités d’élite. En réunissant athlètes civils, entraîneurs militaires et responsables des forces de police, le tournoi crée une passerelle pédagogique susceptible d’alimenter les programmes d’instruction de base. Plusieurs officiers de la Direction générale de la sécurité d’État ont déjà évoqué la possibilité d’intégrer les lauréats dans les centres d’entraînement de la garnison de Brazzaville afin de diffuser les meilleurs savoir-faire. À terme, la fusion progressive du sport civil et des normes tactiques pourrait favoriser la constitution d’une réserve opérationnelle moralement soudée et techniquement crédible.

L’émergence d’un écosystème local de formation

L’Association GlobUs, fondée par la philanthrope russe Yulia Berg, joue un rôle moteur dans la structuration d’un écosystème de formation. Après avoir appuyé l’ouverture, en septembre 2025, de la première école congolaise de combat rapproché, GlobUs accompagne désormais la qualification des instructeurs locaux et la production de matériel pédagogique adapté aux réalités climatiques et morphologiques de la jeunesse congolaise. La remise de diplômes à la première promotion de l’École des médias, en marge du tournoi, illustre une approche holistique : forger des combattants, certes, mais également des communicateurs capables de valoriser les succès et d’entretenir la cohésion nationale. À moyen terme, cette dynamique pourrait inciter des PME congolaises à se positionner sur la fabrication d’équipements – kimonos renforcés, protections balistiques légères – ouvrant une niche industrielle à forte valeur ajoutée.

Effet multiplicateur sur la sécurité intérieure et maritime

L’impact sécuritaire dépasse la seule capitale. Les forces navales, engagées dans la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, recourent de plus en plus aux équipes de visite qui doivent neutraliser des suspects à bord de navires sans recourir à l’arme létale. La maîtrise du combat rapproché devient alors un multiplicateur d’efficacité, limitant les dommages collatéraux et renforçant la sûreté des équipages. De même, les unités de gendarmerie déployées le long des frontières terrestres, confrontées à des trafiquants mobiles et parfois mieux armés, bénéficient d’une discipline qui enseigne sang-froid et sens tactique. Le tournoi de Brazzaville, en promouvant ces valeurs, contribue indirectement à la résilience nationale face aux menaces hybrides, de la criminalité organisée aux actes terroristes isolés.

Vers une doctrine congolaise du corps-à-corps

À l’issue de la compétition, vingt champions – hommes et femmes, toutes catégories confondues – ont été distingués. Leur profil sera prochainement examiné par le ministère délégué à la Défense nationale en vue d’une éventuelle insertion dans les structures d’entraînement. Le ministre Juste Désiré Mondelé, porte-parole du gouvernement pour cette manifestation, a rappelé que l’alliance de l’éducation, de la formation professionnelle et du sport constitue « un triptyque indispensable à l’émergence d’une jeunesse responsable et prête à servir ». En écho, plusieurs académies militaires projettent d’intégrer des modules d’analyse biomécanique et de simulation numérique afin d’optimiser l’efficacité du geste technique. Sur ce terreau, se dessine la perspective d’une doctrine congolaise du combat rapproché, articulée autour de la protection du citoyen, de la défense des intérêts stratégiques et d’une coopération exemplaire avec des partenaires fiables. Dans cette équation, la compétition de Brazzaville n’apparaît plus comme une fin en soi, mais comme le premier jalon d’un continuum sécuritaire qui fait le pari du capital humain.

Partager cet Article