Fanion, élites et discipline : l’Empgl brille

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Ancrage historique de l’Empgl et rôle stratégique

Installée à Brazzaville depuis plus d’un demi-siècle, l’École militaire préparatoire général Leclerc (Empgl) demeure un pivot discret mais essentiel de l’appareil de défense congolais. Créée pour nourrir le vivier d’officiers et de sous-officiers, elle fait partie des rares institutions africaines à conjuguer un programme académique complet et une immersion quotidienne dans les traditions militaires. « Notre mandat consiste à forger des citoyens soldats, aptes à penser avant d’agir », résume le directeur des études, M. Raoul Nagasaki, rappelant l’équilibre recherché entre excellence scolaire et ethos des armes.

Cette vocation dépasse la simple formation secondaire. À travers la rigueur de ses enseignements, l’Empgl contribue à la préparation opérationnelle future des Forces armées congolaises, tout en entretenant la mémoire d’un héritage martial issu de la Seconde Guerre mondiale. Chaque promotion porte ainsi le nom d’un combat ou d’une figure historique, rappel constant que la salle de classe prépare, en dernière instance, au champ de bataille.

Des résultats académiques au service de la Nation

Le premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026 n’a pas démenti la réputation d’exigence de l’établissement. Sur 458 élèves, les moyennes oscillent entre 18,20 et 9,56 sur 20. En tête, le sergent de quatrième, Edzimou Victor Francis Divin, affiche un éloquent 18,20. Sa performance, fruit d’une discipline quotidienne et d’une passion revendiquée pour la lecture, illustre la méthode de l’école : méritocratie assumée, sanctions équilibrées et tutorat entre anciens et jeunes recrues.

Derrière les chiffres, l’enjeu est stratégique. Dans un environnement sécuritaire régional volatil — de la bande sahélienne aux côtes du Golfe de Guinée — le Congo-Brazzaville mise sur une élite intellectuellement affûtée et moralement solide. Le général de brigade Charles Victoire Bantadi, commandant des écoles des forces armées, l’a rappelé lors de la cérémonie : « Le taux de réussite de 100 % obtenu l’an passé n’est pas une fin en soi ; il prépare des esprits capables d’analyser une menace asymétrique tout autant que de résoudre une équation différentielle. »

Une mixité régionale au cœur de la coopération CEMAC

L’Empgl ne se contente plus de servir la seule République du Congo. Sur les 458 pensionnaires recensés, près d’un tiers provient de dix pays voisins, de la République démocratique du Congo au Bénin, en passant par le Mali, le Cameroun ou la Guinée. Cette composition multiculturelle traduit la doctrine d’ouverture promue par Brazzaville : renforcer la sécurité collective en formant, côte à côte, les futures élites militaires d’Afrique centrale et au-delà.

Cette dynamique sert deux objectifs complémentaires. D’un côté, elle consolide la position du Congo comme pôle d’attraction académique et militaire dans la sous-région CEMAC. De l’autre, elle favorise la standardisation des procédures, indispensable à toute opération conjointe, qu’il s’agisse de lutte contre la piraterie dans le Golfe de Guinée ou de participation aux missions de paix onusiennes. À terme, un ancien « enfant de troupe » malien ou centrafricain, passé par Brazzaville, partagera naturellement des référentiels communs avec ses camarades congolais sur un théâtre d’opérations combinées.

Rite du fanion, transmission des valeurs militaires

Au-delà des bulletins de notes, la remise du fanion et des bérets demeure le moment le plus scruté par les familles et les autorités. Devant les promotions réunies, le colonel-major Camille Serge Oya a dévoilé le drapeau de l’école, brodé des couleurs nationales, d’un aigle et d’un bouclier. « Ce tissu n’est pas une parure ; il incarne la force, la vigilance et le lien indissoluble qui unit chaque élève à la République », a-t-il expliqué.

Le rituel, immuable, s’accompagne de l’engagement moral entre parrains — souvent des terminales — et filleuls de sixième. La transmission des insignes scelle un pacte de solidarité intergénérationnelle, où l’aîné s’engage à guider, et le plus jeune à honorer l’héritage. Cette pédagogie de l’exemple complète la formation académique : apprendre à commander commence par apprendre à servir.

Perspectives : de la salle de classe au théâtre d’opérations

Alors que la transformation numérique et la robotisation gagnent le champ militaire, l’Empgl adapte progressivement ses cursus. Initiations au codage, modules de sensibilisation cyber et séances de simulation sur table complètent désormais les manuels traditionnels. Le directeur des études l’assure : « La guerre de demain se prépare aujourd’hui, à la croisée des humanités et des sciences appliquées. »

Le ministère de la Défense, soucieux d’élargir la base industrielle et technologique nationale, envisage de coupler ces formations à des partenariats avec l’Université de Brazzaville et l’Agence nationale de cybersécurité. À terme, les meilleurs élèves pourraient intégrer un parcours accéléré vers les écoles d’application pour officiers, voire être détachés auprès de sociétés civiles stratégiques dans les secteurs de l’énergie ou des télécommunications.

Dans l’immédiat, la réussite du premier trimestre 2025-2026 conforte l’établissement dans sa feuille de route : forger des cadres en accord avec la vision du président Denis Sassou Nguesso, à savoir une armée professionnelle, moderne et ouverte sur son environnement régional. Entre rigueur des chiffres et force des symboles, l’Empgl rappelle que la défense d’un pays commence souvent sur les bancs d’une salle de classe, là où s’apprennent, à parts égales, l’excellence et l’esprit de service.

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