Sport et défense : un levier de cohésion nationale
Au-delà du simple palmarès sportif, la victoire de l’équipe féminine « Grain de Sel » (23-16) et celle de BMC chez les hommes (27-20) au gymnase d’Ornano marquent une étape significative de la politique congolaise de cohésion nationale par le sport. Depuis plusieurs années, l’état-major de la Défense et les autorités civiles encouragent la pratique handballistique comme laboratoire de cohésion, de discipline et de résilience, trois valeurs directement transposables au champ de la sécurité intérieure. En associant joueuses civiles et personnels issus des forces, la compétition a démontré que la victoire collective est avant tout affaire d’organisation, d’effort partagé et de sens de la mission.
Dans les tribunes, les chefs d’unité de la Gendarmerie nationale observaient l’engagement des athlètes avec un regard d’entraîneur. « Nous suivons ces rencontres comme nous suivrions un exercice tactique », confiait un officier supérieur. Les enchaînements, la lecture rapide du jeu adverse et le sang-froid dans les dernières minutes rappellent les fondamentaux que l’on attend d’une équipe engagée dans la protection de la population ou le maintien de l’ordre. Cette analogie n’est pas anodine ; elle légitime la place accordée par l’État aux manifestations sportives pour irriguer la culture stratégique nationale.
Un tournoi placé sous l’égide de la DGSP
Patronné par le directeur général de la sécurité présidentielle, le général Serge Oboa, le tournoi a réuni quarante équipes seniors en onze jours. La Direction générale de la sécurité présidentielle s’y est illustrée jusqu’en finale féminine, où elle a cédé face à « Grain de Sel ». L’implication de la DGSP dépasse la simple visibilité institutionnelle : elle apporte un savoir-faire logistique, sécuritaire et sanitaire qui garantit la tenue sereine de l’événement. Le dispositif médical pré-hospitalier déployé autour du gymnase, inspiré des modules d’alerte utilisés lors des déplacements officiels, témoigne de cette professionnalisation.
Au plan symbolique, la remise des trophées par la coordonnatrice de la dynamique « Le Réveil du handball congolais », Mme Christelle Colombe Bouaka Milandou, traduit la convergence d’engagement entre société civile et forces de protection rapprochée. En félicitant les finalistes, elle a souligné que le sport, tel que l’envisage le président de la République, demeure un pont entre les composantes de la Nation. Cette vision rejoint le principe de sécurité humaine adopté par Brazzaville : une approche globale qui associe défense, développement et culture.
Renforcer l’interopérabilité civilo-militaire
La présence d’équipes mixtes, issues tant de clubs civils que d’unités des forces de sécurité, offre un terrain d’apprentissage mutuel essentiel à la doctrine congolaise d’interopérabilité civilo-militaire. Les séances d’entraînement menées en amont du tournoi ont permis aux joueuses de la DGSP de partager leurs méthodes de préparation physique, directement inspirées des programmes de maintien en condition opérationnelle. En retour, les clubs civils ont apporté leur créativité tactique, forçant les militaires à sortir des schémas fermés.
Cette fertilisation croisée est jugée bénéfique par le ministère des Sports, mais également par la direction des ressources humaines des Forces armées congolaises, qui voit dans ces échanges un moyen d’attirer de nouveaux talents vers la réserve opérationnelle. L’athlète civil, habitué à la rigueur de la compétition, se projette plus aisément dans les exigences d’un engagement au service de la Nation. Les deux entités y gagnent : l’une en effectifs motivés, l’autre en perspectives professionnelles structurées.
Handball et diplomatie de voisinage avec la RDC
Trois formations de la République démocratique du Congo ont franchi le fleuve pour participer à l’édition 2023. Dans la région, rares sont les occasions où les jeunesses des deux capitales se côtoient dans une atmosphère si cordiale. Les services de renseignement des deux pays, vigilants sur tout mouvement transfrontalier, ont vu dans cette initiative une opportunité de construire des relais de confiance informels entre entraîneurs, dirigeants et athlètes.
Le succès de cette diplomatie sportive confirme la pertinence de la ligne tracée par la Commission Défense de la CEMAC : multiplier les rencontres culturelles et sportives afin de désamorcer, en amont, les crispations qui pourraient devenir des vulnérabilités sécuritaires. À Brazzaville, la présence des équipes kinoises a suscité un engouement populaire que les autorités entendent capitaliser lors de futurs exercices conjoints de protection civile, où des sections de sapeurs-pompiers des deux rives pourraient bientôt être engagées ensemble.
Vers une stratégie sportive des forces de sécurité
Forte de l’expérience du tournoi, la DGSP envisage de pérenniser un calendrier annuel de compétitions internes et externes, articulé autour des disciplines collectives à haute intensité. Le but déclaré est double : entretenir l’endurance et l’esprit d’équipe chez les personnels tout en projetant une image d’ouverture auprès de la jeunesse. Un cadre réglementaire est à l’étude afin de garantir la compatibilité des temps de sport avec les exigences opérationnelles, en s’inspirant du modèle de la « Journée défense et citoyenneté ».
À moyen terme, la direction des infrastructures du ministère des Sports prévoit la rénovation du gymnase d’Ornano et la construction de deux salles annexes équipées pour l’entraînement fonctionnel. Ces investissements, validés en conseil de cabinet, revêtent une dimension stratégique : disposer, en cœur de capitale, d’installations susceptibles d’accueillir à la fois des compétitions nationales et des exercices de mise en condition des forces spéciales. Pour la coordination « Le Réveil du handball congolais », cette synergie à venir place l’athlète au centre d’un projet global de sécurité et de développement, fidèle à l’esprit de Nelson Mandela rappelé lors de la clôture de la compétition.
