Le rire désarme : jeunesse et sécurité

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Un Palais des Congrès placé sous le signe de la résilience sécuritaire

Le 28 décembre, la grande salle du Palais des Congrès a résonné des applaudissements d’une jeunesse venue des neuf arrondissements de Brazzaville et de communes voisines. Signe de l’importance accordée à la cohésion sociale dans la doctrine de sécurité intérieure, la cérémonie a bénéficié d’un dispositif d’accueil digne d’événements étatiques : filtrage, détection et présence discrète d’équipes mixtes Police-Gendarmerie. L’objectif n’était pas seulement festif ; il s’agissait de rappeler que la paix constitue un pré-requis à tout développement et que la culture peut jouer un rôle complémentaire aux moyens classiques de défense.

Dès l’ouverture, le ton a été donné par l’humoriste Jojo la Légende, suivi d’une succession de performances mêlant slam, théâtre et musique. En transformant la scène en agora, les organisateurs Pemba Mabika Prod et GKIA.com ont offert une plateforme d’expression responsable, en phase avec la circulaire gouvernementale relative à l’engagement civique des jeunes. Chacun des sketchs faisait écho à une problématique sécuritaire, qu’il s’agisse de la tentation migratoire, du repli communautaire ou de la surcharge émotionnelle née de la désinformation en ligne.

La diplomatie culturelle, vecteur de prévention des crises

La participation d’artistes de la République démocratique du Congo illustre la vision du président Denis Sassou Nguesso : utiliser la culture comme trait d’union au sein du bassin du Congo, espace stratégique où les risques transfrontaliers exigent une réponse concertée. En partageant la même scène, musiciens et comédiens des deux capitales les plus proches du monde ont matérialisé une diplomatie de proximité, utile pour apaiser les tensions latentes souvent instrumentalisées par les trafiquants ou les groupes armés.

À travers cette « soft power » africaine, les responsables de la jeunesse congolaise entendent nourrir un sentiment d’appartenance supranational réduisant l’attrait des discours extrémistes. Comme l’a rappelé Alexis Bongo, invité d’honneur, « Le Congo a besoin de jeunes debout, conscients et porteurs de paix ». Sa déclaration, reprise en chœur par la salle, résonne comme une injonction à dépasser les clivages pour consolider les mécanismes collectifs d’alerte précoce soutenus par la CEEAC.

Des jeunes acteurs de paix, partenaires naturels des forces de sécurité

Loin d’être de simples spectateurs, les 1 500 jeunes présents ont été associés à des ateliers de sensibilisation en marge du spectacle. Des officiers du Commandement de la gendarmerie départementale y ont présenté la nouvelle application téléphonique de signalement communautaire, illustrant l’évolution vers une sécurité participative. Cette interface, conçue par de jeunes développeurs brazzavillois, permet de transmettre en temps réel des informations sur les violences urbaines ou les feux de brousse, renforçant la capacité d’anticipation des centres opérationnels.

Le général de brigade Simon Souangui, responsable des opérations territoriales, a salué « le passage d’une logique de simple maintien de l’ordre à une culture du partenariat citoyen ». Dans sa perspective, chaque adolescent formé au geste d’alerte contribue à soulager les budgets d’équipement et à rationaliser le déploiement des unités. Le Spectacle de la paix ouvre ainsi un canal inédit de coopération tactique entre acteurs culturels et acteurs en tenue.

L’arme du rire, outil stratégique contre la radicalisation

Devant un auditoire parfois confronté à la tentation de la délinquance, l’humour s’est révélé un puissant démultiplicateur d’influence, réduisant les résistances psychologiques. Alphonse Chardon N’kala, directeur général des Arts et des Lettres, l’a souligné : « Le rire est notre plus belle arme de construction. Quand nous rions ensemble, les barrières tombent ». Cette approche rejoint les études du Centre inter-armées de recherche sur le moral des troupes, selon lesquelles l’émotion positive limite la réceptivité aux discours haineux.

Il ne s’agit pas d’un divertissement anodin ; les sketches ont mis en scène des scénarios de désengagement de groupes violents, souvent inspirés de faits réels dans la périphérie nord de Brazzaville. L’identification du public à des personnages issus de son quotidien favorise une prise de conscience sans culpabilisation. Les services de renseignement intérieur, présents en observateurs, estiment que cette stratégie de contre-narratif artistique complète utilement les campagnes classiques de communication gouvernementale.

Un soutien institutionnel aligné sur la stratégie nationale de sécurité intérieure

Le ministère de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs a bâti un partenariat avec le Haut-Commissariat à la réinsertion des ex-combattants afin de mutualiser les financements. En mobilisant le Fonds national pour la promotion de la jeunesse, l’État optimise ses ressources tout en installant une chaîne logistique d’événements reproductibles dans les chefs-lieux de département. La démarche répond aux prescriptions du Livre blanc de la défense et de la sécurité, qui recommande d’articuler action coercitive et action civilo-militaire.

Sur le plan opérationnel, la Division des affaires civilo-militaires des Forces armées congolaises a fourni du matériel de scène issu de ses stocks de campagne, témoignant d’une synergie concrète. Cette mutualisation préfigure un modèle où l’appui logistique militaire sert aussi la construction de la paix, consolide l’image de l’institution et renforce l’acceptabilité sociale de ses déploiements intérieurs.

Vers une pérennisation : formation, insertion et esprit de défense

À l’issue du spectacle, un protocole d’accord a été signé entre les organisateurs et le Rectorat de l’université Marien Ngouabi pour lancer des modules d’expression théâtrale au profit des étudiants en sciences sociales. L’initiative vise à instituer un « service culturel » volontaire, complémentaire au service civique, afin d’enraciner l’esprit de défense dans la durée. L’accès gratuit aux salles de répétition militaires, annoncé par le chef d’état-major particulier du président de la République, constitue un signal fort d’ouverture.

Cette dynamique, qui conjugue formation artistique, insertion professionnelle et prévention des dérives violentes, s’inscrit dans la vision 2030 du gouvernement. Elle anticipe les besoins de main-d’œuvre qualifiée dans les industries créatives, secteur désormais reconnu comme pourvoyeur de stabilité sociale. La 2e édition du Spectacle de la paix se ferme donc sur un engagement réciproque : les jeunes s’engagent à demeurer les sentinelles vigilantes de la cohésion nationale, et l’État réaffirme sa confiance dans la culture comme pilier de la sécurité intérieure.

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