Le fluvial, artère logistique stratégique nationale
Dans un contexte régional marqué par la reprise des échanges intracommunautaires et la montée des défis sécuritaires sur le corridor du fleuve Congo, le Port autonome de Brazzaville et Ports secondaires (PABPS) demeure le nœud vital de la respiration économique et opérationnelle du pays. La tenue, le 19 décembre 2025, de son conseil d’administration sous la direction de Jean-Louis Osso a confirmé la volonté de l’exécutif de doter cette infrastructure d’un budget 2026 robuste, évalué à 2 769 838 067 F CFA. Loin d’être un simple exercice comptable, cette enveloppe traduit l’ambition de garantir la libre circulation des biens civils et militaires, condition sine qua non de la souveraineté logistique que le président Denis Sassou Nguesso place au cœur de la stratégie de résilience nationale.
Des chiffres qui traduisent un virage sécuritaire
Le découpage budgétaire présenté au conseil met en évidence deux priorités : 2 240 078 620 F CFA de recettes attendues sur le trafic et la manutention, et 529 759 447 F CFA de reprises de subventions d’investissement, lesquelles financeront principalement la modernisation du dispositif de sûreté. En regard, 2 100 059 500 F CFA sont consacrés aux charges d’exploitation, tandis que 510 000 000 F CFA alimentent les dotations aux amortissements, témoignant d’un effort soutenu pour renouveler les équipements de surveillance et de levage. Au volet investissement, 891 000 000 F CFA associent fonds propres et emprunts afin de sécuriser la chaîne logistique fluviale. Le résultat prévisionnel excédentaire de 111 849 897 F CFA sert de matelas à d’éventuelles opérations d’urgence, qu’il s’agisse de lutte antipollution ou de soutien aux forces déployées en appui de la police fluviale.
Renforcer la sûreté portuaire face aux menaces hybrides
Le conseil a approuvé, avec amendement, le nouveau plan organique du PABPS. Celui-ci crée une direction de la sûreté intégrée, dotée d’une cellule de renseignement portuaire chargée d’agréger les informations fournies par la gendarmerie maritime, la direction générale de la documentation et de la surveillance du territoire, ainsi que par les partenaires privés de la chaîne logistique. L’objectif est double : anticiper les actes de piraterie intérieure, plus discrets mais tout aussi déstabilisants que ceux observés dans le Golfe de Guinée, et contrecarrer la criminalité organisée qui cible les cargaisons d’hydrocarbures et de minerais en transit. Pour le colonel-major Clément Ngampilo, conseiller défense rattaché au ministère des Transports, « la mutation du port en plate-forme de sûreté avancée est indispensable à la liberté d’action de nos forces et à la protection des recettes fiscales nationales ».
Numérisation et résilience du système d’information
La session a également été l’occasion de tirer les leçons du sabotage de la base de données SQL Server survenu en milieu d’année. Ce geste malveillant, rapidement circonscrit grâce à l’appui du Centre national de cybersécurité, illustre l’exposition croissante des infrastructures logistiques aux menaces cyber hybrides. À ce titre, 120 millions F CFA sont fléchés vers la redondance des serveurs et le déploiement d’une solution de chiffrement de bout en bout qui respecte les normes OTAN ADatP-34 adoptées par plusieurs partenaires logistiques de la sous-région. L’automatisation de la comptabilité matière, pilier de la lutte contre la fraude, permettra aussi d’accélérer le dédouanement prioritaire du matériel sensible destiné aux forces armées congolaises et aux contingents de maintien de la paix placés sous mandat de l’Union africaine.
Dimension régionale et coopération CEMAC
Au travers de l’autorisation donnée à la direction générale de rechercher un financement substantiel, le PABPS entend mobiliser des lignes de crédit concessionnelles auprès de la Banque de Développement des États d’Afrique Centrale. Cet apport externe, adossé à des garanties souveraines, servira à l’extension des postes à quai adaptés aux patrouilleurs fluviaux de la Force multinationale de surveillance (FMS) CEMAC. Selon une source diplomatique de la commission de défense de la CEMAC, « l’amélioration de la capacité d’accueil du port de Brazzaville augmentera la réactivité collective face aux trafics transfrontaliers qui fragilisent nos recettes douanières et nourrissent les groupes armés le long du corridor Sangha-Ubangi ». Le port s’affirme ainsi en pivot d’une diplomatie de sécurité régionale, en parfaite synergie avec les engagements pris lors du dernier sommet de Kinshasa sur la sûreté des voies navigables.
Une gouvernance alignée sur la vision présidentielle
Clôturant les travaux, Jean-Louis Osso a appelé de ses vœux une implication accrue de chaque agent dans la mise en œuvre des décisions. « Nous venons d’élaborer la boussole budgétaire qui oriente l’ensemble de la chaîne de commandement du port ; nous devons désormais démontrer que discipline administrative et vigilance sécuritaire se renforcent mutuellement », a-t-il déclaré. Cet appel trouve un écho direct dans la politique nationale des transports, laquelle fait de la sûreté des flux une composante structurelle de la défense globale. Par la systématisation des audits internes, la consolidation du partenariat public-privé et la modernisation du capital humain, le PABPS s’inscrit dans la trajectoire d’émergence 2025-2030 voulue par le chef de l’État, où la sécurité économique et la sécurité tout court ne forment qu’un seul horizon.
