Présidentielle 2026 : Enjeux sécuritaires décisifs

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Le congrès du PCT, point de départ d’une stratégie politico-militaire

La confirmation, à l’issue de trois jours de travaux, de Denis Sassou Nguesso comme candidat du Parti congolais du travail ouvre une nouvelle séquence où la dimension sécuritaire devient déterminante. « Le président est élevé au rang de très grand camarade », a déclaré la rapporteure Antoinette Kebi devant plus de trois mille délégués, dessinant par là même une architecture de campagne qui s’appuie sur l’appareil partisan autant que sur les moyens régaliens de l’État. En positionnant son leader, le PCT ne se contente pas d’une annonce politique ; il enclenche un compte à rebours qui mobilise déjà états-majors, préfectures et opérateurs critiques.

Une logistique de sûreté calibrée pour le 22 mars 2026

Le ministère de l’Intérieur a fixé au 17 mars le vote des personnels militaires, cinq jours avant l’ouverture des bureaux civils. La mesure, éprouvée lors des scrutins de 2016 et 2021, vise à libérer les effectifs afin qu’ils se consacrent, le jour J, au maintien de l’ordre et à la sécurisation du territoire. D’ores et déjà, la Direction générale des élections et l’état-major des FAC coordonnent la cartographie des centres de vote spécifiques, la chaîne de garde des urnes scellées et le transfert sécurisé vers les commissions locales de dépouillement. À Pointe-Noire, des exercices SIMEX mêlant gendarmes, infanterie de marine et opérateurs de drones ISR ont simulé l’évacuation d’un bureau menacé par une fausse alerte à l’explosif, attestant du souci d’anticiper tout scénario disruptif.

Les Forces armées congolaises, garantes de la continuité institutionnelle

Placées sous le double commandement du chef suprême des armées et du ministre délégué à la Défense nationale, les FAC renforcent leur posture préventive. L’accent porte sur la veille stratégique dans les zones frontalières septentrionales, d’où pourraient provenir des incursions armées susceptibles de perturber le processus électoral. Au camp Chikaya, les instructeurs poursuivent la montée en puissance du bataillon de réaction rapide doté de véhicules Marauder acquis auprès de Denel Land Systems, tandis que le 242e régiment de transmissions installe des relais satellitaires pour garantir la résilience des réseaux en cas de coupure fibre dans les grands centres urbains. L’institution militaire s’appuie en outre sur l’article 2 de la loi de programmation 2022-2026, qui l’autorise à participer à des missions de sécurisation intérieure en appui de la gendarmerie sans préjudice de ses engagements régionaux au sein de la CEEAC.

Police nationale et renseignement intérieur face aux défis informationnels

L’expérience des dernières échéances a montré que la menace ne se limite plus au désordre de rue. Les campagnes de désinformation en ligne, souvent alimentées depuis l’étranger, visent à délégitimer les organes de gestion électorale. La Direction générale de la surveillance du territoire a ainsi renforcé, sous l’égide du Conseil national de sécurité, son unité cyber pour détecter les faux contenus et retracer les fermes de trolls. Un officier supérieur confie que « la bataille du récit se gagne avant tout par la transparence rapide des chiffres et la traçabilité numérique des procès-verbaux ». Sur le terrain, la police déploiera des PVE (postes de vigilance électorale) équipés de caméras portatives et de liaisons 4G sécurisées, afin de documenter toute intervention et de prévenir les contestations post-scrutin.

Dimension régionale et partenariats internationaux

L’échéance de 2026 se déroule dans un contexte sous-régional volatil, marqué par les transitions au Gabon et au Tchad. Brazzaville renforce donc ses dispositifs de coordination avec le Centre interrégional de sécurité maritime de Yaoundé pour partager le renseignement lié aux flux transfrontaliers. Sur le plan technique, l’Union africaine apporte un appui à la formation d’observateurs militaires, tandis que l’Italie poursuit le mentoring des plongeurs-démineurs de la marine congolaise, atout décisif pour la protection des terminaux pétroliers lors de la période électorale. Ces coopérations, loin d’affaiblir la souveraineté nationale, nourrissent la diplomatie de défense voulue par le chef de l’État, qui insiste régulièrement sur la solidarité sécuritaire au sein de la CEMAC.

Perspectives industrielles et capacité de résilience post-scrutin

La séquence électorale représente également un banc d’essai pour l’industrie nationale de sécurité. La société publique Sat-Congo doit fournir deux cents terminaux de chiffrement de voix et données, fabriqués à Brazzaville en partenariat avec Thales. De son côté, l’Unité industrielle de maintenance aéronautique de Maya-Maya accélère les chantiers MCO sur les Casa CN-235 utilisés pour le transport des urnes dans les départements fluviaux. Ces investissements traduisent une volonté d’autonomie stratégique à moyen terme. Au-delà du 22 mars, les autorités misent sur un climat apaisé pour relancer la réflexion autour d’une académie de cybersécurité et d’un centre de doctrine interarmées, deux projets déjà inscrits dans la feuille de route 2024-2028 et appelés à consolider la résilience de l’appareil d’État face aux crises futures.

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