Un congrès sous haute vigilance sécuritaire
La vaste enceinte du palais des congrès de Brazzaville bruisse depuis le 27 décembre d’une effervescence que tempère un dispositif de sûreté minutieusement calibré. Le Parti congolais du Travail, fort de plus de dix-sept mille cellules désormais répertoriées, s’est voulu exemplaire dans la prévention des risques, confiant à la Garde républicaine la sécurisation de l’événement. Des équipes mixtes police-gendarmerie, appuyées par des unités cynophiles, filtrent les accès tandis qu’une cellule de coordination interservices suit en temps réel l’évolution de la situation. Ce tableau témoigne de la maturité acquise par les forces intérieures depuis la refonte de 2015, marquée par la mise en réseau des centres de commandement opérationnels.
L’ombre portée des échéances présidentielles de 2026 explique cette vigilance accrue. Le secrétaire général Pierre Moussa l’a reconnu d’emblée : « La crédibilité de notre offre politique s’éprouve d’abord dans notre capacité à garantir la liberté du débat, donc la sécurité de tous ». Le ton est donné : la question de la candidature du chef de l’État ne saurait être dissociée d’une promesse de stabilité, priorité cardinale du corpus doctrinal congolais.
Continuité stratégique des forces armées congolaises
Au cœur des concertations, l’état-major général suit attentivement les travaux, conscient qu’une reconduction de Denis Sassou Nguesso consoliderait trois chantiers lancés durant le quinquennat en cours. Le premier tient à la professionnalisation accrue des Forces armées congolaises, notamment via le transfert de savoir-faire issu des missions onusiennes auxquelles participe le pays, du Soudan du Sud à la Centrafrique. L’École nationale des armées, modernisée grâce à un partenariat sino-congolais, a vu son taux d’encadrement augmenter de trente pour cent, favorisant l’aguerrissement des jeunes officiers.
Le deuxième chantier concerne la densification du renseignement. La Direction générale de la documentation et de l’immigration a fusionné plusieurs bases de données afin de fluidifier la lutte contre la criminalité transfrontalière. Cette mutualisation se conjugue avec l’arrivée de drones tactiques de fabrication sud-africaine, capables de couvrir les zones forestières du Nord où persistent des trafics d’armes légères.
Enfin, la composante navale poursuit sa montée en puissance dans le Golfe de Guinée. La livraison du patrouilleur de haute mer L’Alima, construit à Pointe-Noire avec un transfert de technologie brésilien, illustre la détermination gouvernementale à préserver la liberté de navigation et la sécurité des plateformes pétrolières, vitales pour l’économie nationale.
Stabilisation intérieure et lutte contre la délinquance
Le discours de Pierre Moussa a insisté sur l’« éradication du phénomène des bébés noirs », marquant la fin d’une insécurité juvénile qui avait défrayé la chronique il y a une décennie. Sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur, le Programme intégré de prévention de la délinquance a combiné action policière ciblée et réinsertion sociale. Résultat : le taux d’homicides volontaires à Brazzaville a chuté de quarante pour cent selon les statistiques de la Direction générale de la police nationale.
Cette performance sécuritaire nourrit l’argumentaire des congressistes en faveur d’un nouveau mandat présidentiel. Ils y voient la preuve qu’une approche équilibrée – fermeté opérationnelle et politiques publiques inclusives – demeure le meilleur rempart contre les déstabilisations que connaissent certains voisins. Les observateurs diplomatiques, quant à eux, rappellent que la stabilité intérieure constitue le socle indispensable aux grands projets d’interconnexion énergétique et routière portés par la CEMAC.
Diplomatie de la paix et leadership régional
L’autre volet, souvent moins médiatisé, réside dans la stature internationale acquise par Denis Sassou Nguesso sur les questions de règlement des crises. Sa médiation au sein du Forum sur la Paix en Libye ou son impulsion en faveur de la Commission climat du Bassin du Congo ont conféré à Brazzaville le statut d’acteur pivot. Aux yeux des stratèges du ministère des Affaires étrangères, la reconduction de ce leadership renforcerait la position du pays dans les négociations sécuritaires régionales, notamment celles portant sur la mutualisation des moyens de surveillance maritime.
À quelques encablures des côtes congolaises, la hausse des actes de piraterie avortés témoigne déjà d’une meilleure coopération entre le Centre interrégional de coordination de Yaoundé et la Marine congolaise. Garantir la continuité politique jusqu’en 2031 donnerait, selon un diplomate centre-africain croisé dans les coulisses du congrès, « la visibilité institutionnelle nécessaire pour consolider les chaînes de commandement partagées ».
Perspectives industrielles et modernisation capacitaire
Si la dynamique sécuritaire est au cœur du processus, l’industrie de défense n’est pas en reste. Les ateliers de maintenance de Maya-Maya, réhabilités avec l’appui du groupe turc ASFAT, commencent à effectuer des visites générales sur hélicoptères Puma et Mi-17, réduisant la dépendance du pays aux chantiers extérieurs. Le budget 2024 a d’ailleurs acté une enveloppe supplémentaire de vingt milliards de francs CFA pour l’achat de simulateurs de tir destinés aux centres d’instruction interarmes.
Cette orientation industrielle épouse la volonté présidentielle de faire émerger un tissu de PME locales capables de fournir pièces détachées, équipements individuels et solutions cyber. Le commissariat général aux marchés de défense prépare un code des offsets qui imposera, dès 2025, un taux minimal d’intégration locale de quinze pour cent sur les contrats supérieurs à dix millions d’euros. À l’horizon 2028, ces mesures pourraient générer plus de mille emplois qualifiés, consolidant ainsi la résilience économique nationale.
En filigrane, les congressistes savent que la crédibilité d’une vision sécuritaire passe par sa soutenabilité financière. Or, l’Agence de notation continentale, dans sa revue de novembre, a salué les efforts de consolidation budgétaire qui ont permis au ratio dette publique/PIB de se stabiliser sous les soixante pour cent, seuil fixé par la CEMAC. Un indicateur précieux pour attirer les investisseurs dans le secteur dual civil-militaire.
