Sassou 2026 : quel impact sur la défense congolaise

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Appel politique et enjeux sécuritaires

À Brazzaville, le sixième congrès du Parti congolais du travail a solennellement prié le chef de l’État Denis Sassou-Nguesso de briguer un nouveau mandat à l’élection présidentielle fixée au 22 mars 2026. Derrière la scène partisane, cette invitation résonne comme un signal stratégique pour les forces de défense et de sécurité. « Il est le garant de la paix qu’il construit chaque jour », a rappelé le secrétaire général Pierre Moussa devant plus de trois mille délégués. Dans un environnement régional encore mouvant, la permanence du commandant en chef apparaît, aux yeux des cadres militaires, comme un facteur de prévisibilité budgétaire, doctrinale et opérationnelle qu’aucun quartier général ne néglige.

Continuité stratégique au sommet de l’État

Depuis la révision constitutionnelle de 2015, la politique de défense repose sur la Revue stratégique nationale et sur la Loi de programmation militaire 2021-2025, documents dont l’architecture porte l’empreinte directe du président. Les priorités qu’ils fixent – modernisation de la chaîne logistique, numérisation du renseignement et professionnalisation accrue des unités projetables – ont amorcé des cycles d’investissement pluriannuels. Une éventuelle alternance en 2026 imposerait un réexamen parlementaire susceptible de ralentir l’exécution des contrats en cours, notamment avec des partenaires clefs tels que le Brésil pour la maintenance des hélicoptères Cougar ou la Chine pour les radars côtiers. La candidature de l’actuel chef de l’État prolongerait, selon un officier de l’état-major interrogé, « la courbe d’apprentissage engagée dans les états-majors sans rupture de chaîne de commandement ».

Modernisation des forces : chantiers en cours

Sur le terrain, la Garde républicaine expérimente depuis janvier un système intégré de drones tactiques pour la surveillance des couloirs du Corridor 13, artère pétrolière cruciale entre Pointe-Noire et Djeno. Ce programme, conduit en coopération avec l’Agence congolaise de cybersécurité, doit entrer en phase de déploiement massif en 2025. Le maintien aux affaires du chef de l’État serait interprété comme une assurance de financement jusqu’à l’étape finale, évaluée à 48 millions de dollars. Dans l’armée de Terre, le bataillon amphibie de Mpila attend pour 2024-2027 la livraison de véhicules blindés légers Serval, dont la chaîne de soutien figure au budget triennal. Là encore, la stabilité politique constitue, selon des sources industrielles, « la garantie de visibilité sans laquelle aucun fournisseur ne prend le risque d’implanter un stock de pièces détachées à Brazzaville ».

Stabilité intérieure et dissuasion régionale

La présidence Sassou-Nguesso a fait de la sécurité intérieure un pilier de la cohésion nationale en renforçant, ces cinq dernières années, la coordination Police-Gendarmerie-Renseignements. L’expérience de 2021, où la menace de groupuscules armés dans le Pool fut contenue en 72 heures, reste un exemple commenté dans les écoles de guerre de la CEMAC. Préserver cette architecture intégrée jusqu’en 2030 présenterait un intérêt majeur face aux foyers d’instabilité qui persistent dans le Cameroun voisin et dans la partie nord-est de la RDC. Les centres d’analyse régionaux considèrent en effet le Congo-Brazzaville comme « un poumon logistique pour la Minusca », rôle incompatible avec une transition politique prolongée. La candidature du chef de l’État est donc lue par plusieurs chancelleries comme un facteur de dissuasion douce contre toute contagion d’insécurité.

Diplomatie de sécurité et partenariats extérieurs

Sur le plan international, la politique congolaise de défense reste marquée par la diversification des fournisseurs et par une diplomatie d’équilibre. Depuis 2019, Brazzaville accueille la Conférence sur la Sécurité maritime dans le Golfe de Guinée, plateforme soutenue par Washington et Paris. La présence du président lors de la prochaine édition, prévue en 2025, est perçue comme indispensable pour verrouiller la signature du Mémorandum d’entraide navale CEMAC-CEDEAO. À Moscou, où une délégation conjointe Défense-Industrie était attendue avant la fin de l’année, l’hypothèse d’une reconduction du mandat facilite déjà la négociation d’un accord de transfert technologique sur les systèmes antiaériens Pantsir-S1. « Une transition non planifiée complexifierait nos calendriers, notamment sur la formation des cadres », confie un diplomate africain en poste au Kremlin.

Perspectives 2026 : feux verts et défis

Si la candidature espérée se matérialise, l’état-major général anticipe la consolidation d’une chaîne décisionnelle fluide entre la présidence, le ministère de la Défense et le Haut-commandement de la Gendarmerie. Toutefois, la trajectoire budgétaire restera soumise au cours international du baril, principale variable d’ajustement des finances publiques. La mise en service du futur Centre national de cyber-résilience, construit à Kintélé, exigera à lui seul douze pour cent des crédits d’investissement 2026-2028. En parallèle, l’opinion publique, avide de retombées sociales, scrutera la capacité des forces à soutenir la résilience civile lors des crues récurrentes. À l’approche de mars 2026, l’articulation entre ambition sécuritaire et attentes socio-économiques constituera donc la équation centrale, mais le maintien d’un leadership expérimenté pourrait faciliter l’équilibre.

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