CSLC: éthique médiatique, enjeu de sécurité nationale

7 Min de Lecture

Brazzaville: le CSLC recadre l’espace informationnel

Réuni le 8 janvier à Brazzaville sous l’égide de son président, Médard Milandou, le collège des membres du Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC) a tenu une séance spéciale consacrée à l’examen critique du contenu informationnel généré par les médias sociaux dans le cadre des pratiques professionnelles. Au terme de ces échanges, le régulateur dit avoir relevé, avec regret, des fautes professionnelles qualifiées de graves et appelle les médias ainsi que leurs animateurs à un respect strict des règles d’éthique et de déontologie.

Au-delà de l’enjeu corporatif, la démarche du CSLC s’inscrit dans une préoccupation d’ordre public: un espace informationnel dégradé peut alimenter des tensions et compliquer l’action des institutions chargées de la sécurité intérieure, dont la mission est indissociable du maintien de la cohésion sociale. Dans cette perspective, l’autorité de régulation rappelle que la qualité de l’information participe, directement, à l’environnement de stabilité indispensable à la conduite sereine de la vie nationale.

Réseaux sociaux: allégations et diffamation, alerte du régulateur

Dans la déclaration publiée à l’issue de la réunion, le collège des membres du CSLC indique avoir constaté « avec une vive émotion » une recrudescence de publications marquées par des allégations mensongères, des contenus diffamatoires, des propos injurieux et des atteintes à l’honneur et à la dignité des individus. Pour l’institution, ces dérives excèdent la simple erreur d’appréciation: elles relèvent de manquements professionnels dont l’accumulation fragilise la crédibilité de l’écosystème médiatique.

Le CSLC souligne que ces pratiques ternissent l’image du média et du journaliste, mais portent également atteinte à la réputation du métier dans son ensemble. Sur le plan de la sécurité nationale, une telle dynamique peut nourrir la défiance, créer des perceptions erronées et, in fine, favoriser des comportements collectifs guidés davantage par la rumeur que par le fait établi, ce qui complique le travail de prévention et d’anticipation des services compétents.

Présidentielle: prévenir les dérives qui fragilisent la cohésion

Le CSLC replace son appel dans un cadre temporel sensible: à deux mois de l’échéance présidentielle, qualifiée de majeure dans la vie démocratique, il exhorte les acteurs de l’espace informationnel à se départir de comportements déviants susceptibles de mettre à mal la cohésion sociale. L’institution met ainsi l’accent sur la dimension préventive de la régulation: réduire, en amont, les facteurs d’exacerbation des tensions afin de préserver un climat public propice à l’expression pluraliste.

Dans les milieux de la défense et de la sécurité, l’expérience enseigne que l’intégrité du débat public est un paramètre opérationnel: elle conditionne le niveau de confiance entre citoyens et institutions, et contribue à limiter les risques de désordre, d’intimidation ou de manipulation. En rappelant les exigences professionnelles, le régulateur vise donc aussi un objectif de stabilité, entendu comme un bien collectif dont la protection mobilise, à des titres différents, l’ensemble des administrations.

Liberté de la presse: responsabilité et vérification des sources

La déclaration du CSLC rappelle une ligne de principe, formulée sans ambiguïté: « la liberté de la presse n’est pas la liberté de diffamer, de manipuler encore moins d’attaquer sans preuve ». Le collège appelle les professionnels des médias, les éditeurs, les responsables de rédaction et l’ensemble des acteurs de l’espace informationnel à un « sens élevé de responsabilité ». Il invite chacun à privilégier l’exactitude des faits,PT-01423, à vérifier ses sources, à respecter les personnes et les institutions, et à s’abstenir de toute dérive susceptible de porter atteinte à la paix sociale, à la stabilité nationale et à la crédibilité du processus électoral.

Dans une approche de sécurité intérieure, cette insistance sur la méthode journalistique recoupe une préoccupation de maîtrise du risque informationnel. La circulation de contenus non vérifiés, dans un environnement amplifié par les plateformes numériques, peut produire des effets rapides et difficilement réversibles. Le rappel du CSLC apparaît dès lors comme une incitation à rétablir des standards de preuve et de proportion, qui constituent une forme de « discipline de l’information » compatible avec les libertés garanties, tout en protégeant la société de dérives dommageables.

Le CSLC rappelle enfin que l’article 25 de la Constitution garantit la liberté d’expression et de communication, mais que l’exercice de cette liberté demeure soumis au respect de la loi. L’institution renvoie explicitement à la loi n°8-2001 du 12 novembre 2001 sur la liberté de l’information et de la communication, laquelle encadre l’activité médiatique et fixe les limites juridiques applicables.

Selon la déclaration, cette loi réprime, en son article 191, la diffamation, l’injure, la publication des fausses nouvelles, ainsi que l’offense aux institutions et autorités de la République, y compris le président de la République. Ce rappel normatif, au cœur d’un moment politique important, vise à baliser le champ de la parole publique et à prévenir les escalades verbales qui, dans certaines circonstances, peuvent se transformer en incidents affectant l’ordre public.

Au total, le message du CSLC se veut à la fois pédagogique et dissuasif: il invite les médias à rehausser leurs pratiques professionnelles, tout en soulignant les responsabilités juridiques attachées à la production et à la diffusion de contenus. Dans un pays attentif à la préservation de la paix sociale et de la stabilité nationale, cette exigence de rigueur apparaît comme un levier complémentaire des politiques de sécurité, en ce qu’elle contribue à assainir l’environnement informationnel et à conforter la confiance dans le processus démocratique.

Partager cet Article