Élection 2026 : la Force publique en première ligne

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Un réveillon d’armes à haute portée stratégique

Sous les lambris du Cercle militaire de Brazzaville, le réveillon d’armes du 31 décembre 2024 a dépassé le simple rite de cohésion. Face au président de la République, chef suprême des armées, le général de division Guy Blanchard Okoï, chef d’État-major général et coordonnateur du Groupe d’anticipation stratégique, a dressé un tableau d’ensemble des défis sécuritaires. Le moment, solennel, a acté la continuité d’un pacte de loyauté entre la Force publique et les institutions, gage de stabilité dans un environnement régional parfois volatil.

L’engagement réitéré au service de la souveraineté

« Notre serment se confond avec la permanence de l’État », a martelé le général Okoï. En rappelant la mission cardinale de défense du territoire et des populations, il a souligné que la reproduction régulière du serment militaire constitue un rempart moral face aux ingérences extérieures et aux menaces hybrides qui ciblent l’Afrique centrale. L’accent mis sur la loyauté institutionnelle, loin d’être incantatoire, consolide juridiquement la posture des Forces armées congolaises (FAC) dans la doctrine nationale de défense et dans les textes régissant l’emploi des forces.

Sécurisation de l’élection présidentielle de 2026

Point d’orgue du discours, la sécurisation de l’élection de mars 2026 s’impose désormais comme priorité opérationnelle n° 1. La conférence initiale de planification, déjà tenue, fixe un cadre d’appui aux organes chargés du scrutin : sécurisation des centres de vote, escorte des matériels sensibles, protection des communications et veille cyber. Les FAC projettent un dispositif gradué, articulé autour d’une force de réaction rapide et d’un maillage territorial fin, dans le respect strict du rôle d’appui aux autorités civiles rappelé par la Constitution.

Recrutements massifs : montée en puissance maîtrisée

Afin de disposer d’effectifs aguerris avant le scrutin, le contingent 2023 entre dans la phase décisive de formation. Les personnels de la Vague A, déjà affectés au sein des corps de troupes, poursuivent leur spécialisation par armes. La Vague B consolide ses savoir-faire tactiques, tandis que la Vague C, ciblant les profils du génie et de la musique, rejoint les unités de soutien et la Musique principale. L’ensemble du processus, mené « conformément aux textes réglementaires en vigueur », illustre un pilotage RH rigoureux, condition sine qua non de la montée en puissance capacitaire.

La première campagne du génie-travaux prend corps

Symbole d’une armée tournée vers le développement, la première campagne du génie-travaux est sur les rails. Dotée d’engins de chantier de dernière génération acquis dans le cadre d’accords bilatéraux, l’unité entend accélérer la réhabilitation d’axes logistiques stratégiques reliant les corridors miniers aux ports atlantiques. L’offensive infrastructurelle participe à la résilience territoriale et apporte, selon le Cemg, « une réponse concrète à la demande sociale de désenclavement ». Elle ouvre en outre des perspectives au complexe industriel national, appelé à maintenir et à moderniser ce matériel lourd.

Police et gendarmerie : la continuité sécuritaire

Le recrutement coordonné de jeunes gendarmes et policiers complète le triptyque défense-sécurité. Présentés au drapeau à l’issue de leur formation commune de base, ces personnels entament douze mois d’apprentissage professionnel. Leur emploi futur dans les unités territoriales servira de force d’amortissement face à la petite délinquance et aux trafics transfrontaliers, de manière à permettre aux FAC de concentrer leurs moyens sur les missions à haute intensité et la projection extérieure sous mandat de l’Union africaine ou des Nations unies.

« Zéro Kuluna » : reconquête de l’espace urbain

L’opération « Zéro Kuluna », déclenchée pour assainir les centres urbains, continue de porter ses fruits. Les patrouilles mixtes armée-police, appuyées par un renseignement de proximité, ont permis « l’heureuse réappropriation de l’espace public » par les citoyens, se félicite le chef d’État-major. Le dispositif combine présence dissuasive, actions civilo-militaires et judiciarisation systématique des interpellations, dans le souci de respecter l’État de droit. Les résultats obtenus traduisent la convergence entre les attentes présidentielles, les besoins des populations et la doctrine de sécurité intérieure.

Un outil de défense adapté aux menaces hybrides

Au-delà des échéances électorales, le Groupe d’anticipation stratégique affine la veille sur les menaces hybrides : cyberattaques, désinformation, criminalité maritime dans le golfe de Guinée. La coordination inter-services progresse, portée par des exercices conjoints et l’adoption de procédures d’échange instantané de renseignement. La maîtrise du spectre informationnel devient un axe prioritaire, la FAC cherchant à se doter de capacités d’alerte avancée et de contre-influence numérique.

Renforcer le lien Armée-Nation

Le geste symbolique du général Okoï – la remise d’une carte du Congo gravée sur bois précieux – rappelle que la défense ne saurait être cantonnée aux seuls périmètres militaires. En nourrissant l’imaginaire collectif, ce « totem de la souveraineté » participe à l’ancrage du lien Armée-Nation voulu par le chef de l’État. Réserves citoyennes, programmes « Jeunesse et Défense », partenariats universitaires autour des études stratégiques : autant de leviers identifiés pour diffuser la culture de sécurité et développer un continuum de résilience face aux crises futures.

Perspectives 2025 et discipline budgétaire

La trajectoire 2025 prévoit la consolidation des capacités logistiques et l’amélioration des conditions de vie en garnison. L’état-major reste toutefois attentif à la soutenabilité financière : priorité aux programmes à fort retour opérationnel, maîtrise du MCO et mutualisation des achats avec les forces de sécurité intérieure. Cette discipline budgétaire, saluée par le ministère des Finances, vise à pérenniser l’effort de défense sans obérer les autres politiques publiques, conformément aux orientations présidentielles.

Cap sur 2026 : une Force publique prête à relever le défi

À l’issue du réveillon d’armes, le constat s’impose : la Force publique s’inscrit dans une dynamique de professionnalisation continue, nourrie par un recrutement ciblé, une doctrine clarifiée et une coopération inter-services renforcée. En fixant la sécurisation de l’élection présidentielle comme horizon commun, le chef suprême des armées et son état-major mettent l’ensemble des composantes en ordre de bataille. Ce contrat opérationnel, adossé à une légitimité institutionnelle incontestée, place l’outil de défense au cœur de la stabilité politique et du développement national.

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