Présidentielle 2026 : le plan secret de la Force publique

6 Min de Lecture

Une échéance électorale sous haute vigilance sécuritaire

La proclamation du chef suprême des armées, lors du traditionnel réveillon d’armes du 31 décembre à Brazzaville, a résonné comme un avertissement salutaire : la présidentielle de mars 2026 devra se tenir « dans la paix, la transparence et l’unité ». En plaçant la Force publique au premier rang de cette ambition, Denis Sassou Nguesso inscrit la question électorale dans le continuum stratégique qui lie défense nationale, stabilité intérieure et rayonnement international. Pour les chancelleries, ce signal est d’autant plus lisible que l’histoire récente de la région rappelle combien une élection mal sécurisée peut fragiliser l’ensemble du tissu institutionnel et économique.

Directive présidentielle : cap sur la dissuasion intérieure

Le chef de l’État a souligné la nécessité d’une « présence dissuasive sur toute l’étendue du territoire national ». Concrètement, l’état-major général prévoit un maillage territorial articulé autour des zones de défense, avec des points d’appui dans les bassins de population à forte densité ainsi que le long des corridors économiques d’importance vitale. L’objectif affiché consiste à neutraliser, en amont, toute tentative de perturbation, qu’elle provienne de la criminalité organisée, d’agitateurs politiques ou de groupes armés transfrontaliers. Cette posture pré-emptive s’inspire des retours d’expérience engrangés lors des précédentes opérations de sécurisation électorale dans la sous-région, où la rapidité de projection et la coordination interservices ont montré leur efficacité.

Recrutements ciblés et montée en puissance capacitaire

Selon les chiffres communiqués par le ministère de la Défense, plus d’un millier de jeunes recrues intègrent actuellement les rangs, avec un accent mis sur les unités d’infanterie légère, le génie et les forces de réaction rapide. L’effort, malgré un contexte budgétaire resserré, porte également sur la modernisation des moyens de commandement et de contrôle : radios cryptées de dernière génération, drones de surveillance à courte portée et plateformes de cartographie numérique permettront d’optimiser le renseignement d’origine électromagnétique et d’améliorer la connaissance en temps réel du terrain. Pour un officier supérieur interrogé sous couvert d’anonymat, « le renforcement qualitatif prime désormais sur la seule masse, afin de produire un effet dissuasif pour un coût maîtrisé ».

Retour d’expérience contre le grand banditisme urbain

Le chef de l’État n’a pas manqué de rappeler l’instruction de 2024 visant à éradiquer le grand banditisme dans les deux principales agglomérations, Brazzaville et Pointe-Noire. Les unités mixtes police-gendarmerie, appuyées par des détachements issus des forces armées, ont enregistré une baisse sensible des vols à main armée et des enlèvements. Cette réussite alimente aujourd’hui le corpus doctrinal consacré à la sûreté électorale : quadrillage dynamique, cellules de renseignement de proximité, plateformes de dénonciation anonymes et campagnes de sensibilisation civilo-militaires. L’assise psychologique obtenue dans les quartiers périphériques constitue un capital précieux que le commandement entend préserver jusqu’au jour du vote.

Dimension régionale : prévention des infiltrations transfrontalières

La sécurisation du scrutin ne se limite pas aux frontières administratives du Congo-Brazzaville. Les États voisins de la CEMAC ont été sollicités afin de renforcer les patrouilles conjointes, notamment sur les axes fluviaux et forestiers susceptibles de servir de voies d’infiltration. Dans le Golfe de Guinée, la Marine nationale maintient un rythme soutenu de patrouilles de surveillance, profitant des acquis du centre de coordination interrégional de Yaoundé. « Nous devons protéger la chaîne logistique électorale, des ports jusqu’aux centres de dépouillement », souligne un responsable du commandement de la zone maritime. Cette approche coopérative répond également aux impératifs de lutte contre la piraterie et le trafic illicite, facteurs déstabilisants par nature.

Résilience budgétaire et moral des troupes

L’environnement financier demeure contraint, mais la présidence mise sur la résilience démontrée face aux précédentes crises. Les autorités comptent sur un modèle de financement hybride mêlant crédits budgétaires, partenariats publics-privés et coopération militaire ciblée avec des pays amis. Le moral des troupes, présenté comme « colonne vertébrale de la nation », est soutenu par des mesures d’amélioration de la condition du militaire : paiement régulier des soldes, programmes de formation continue et prise en charge médicale renforcée. Selon le sociologue Armand Ngoma, spécialiste des questions de sécurité, « un soldat confiant dans son avenir est plus apte à protéger le processus démocratique ».

Vers une culture de la paix électorale durable

Au-delà de la fenêtre 2026, l’exécutif congolais ambitionne de transformer la sécurisation ponctuelle en véritable culture de la paix électorale. L’intégration des technologies de l’information, l’éducation civique dans les académies militaires et le dialogue permanent avec les forces vives de la nation constituent les trois piliers d’un modèle que Brazzaville souhaite exporter dans la sous-région. En répétant que « le peuple aspire à la paix et à la sécurité », Denis Sassou Nguesso inscrit son action dans une temporalité longue, où la stabilité intérieure sert de levier à la relance économique et à l’attractivité internationale du Congo-Brazzaville.

Partager cet Article