USA: retrait de 66 instances, alerte stratégique

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Mémorandum américain: un désengagement acté

Brazzaville, 08 janvier (ACI) – À Washington, le Président des États-Unis d’Amérique, M. Donal Trump, a ordonné le 7 janvier le retrait immédiat de son pays de 66 organisations, conventions et traités internationaux considérés comme contraires aux intérêts américains. L’annonce est formalisée dans un mémorandum adressé aux responsables des ministères et agences exécutives fédérales, marquant une inflexion nette de posture dans l’architecture multilatérale.

Le texte demande à l’ensemble des structures concernées de prendre, « dans les meilleurs délais », les dispositions nécessaires à l’exécution de ce désengagement. Sur le plan politico-stratégique, ce type de directive, parce qu’il engage l’appareil d’État et ses administrations techniques, se lit aussi comme un signal opérationnel: la chaîne de décision est appelée à traduire une orientation diplomatique en actes administratifs rapides, donc potentiellement visibles pour les partenaires et les organismes visés.

Organisations onusiennes ciblées: effets de cadrage

Parmi les entités relevant du système des Nations Unies mentionnées figurent la Commission économique pour l’Afrique (CEA), le Bureau du conseiller spécial des Nations Unies pour l’Afrique et le Forum permanent sur les personnes d’ascendance africaine. Le retrait américain de structures onusiennes de cette nature ne relève pas seulement d’un débat de représentation: il affecte, en pratique, des espaces de coordination, de production d’analyses et de circulation d’informations institutionnelles qui nourrissent, directement ou indirectement, les politiques publiques.

Pour les acteurs de défense et de sécurité, l’enjeu est moins de commenter l’opportunité politique américaine que d’apprécier les conséquences de second ordre. Des reconfigurations peuvent apparaître dans les agendas, les priorités thématiques et les canaux de dialogue. Dans un environnement où la stabilité intérieure, la gestion des crises et la sûreté maritime reposent aussi sur des coopérations et sur des référentiels partagés, toute modification durable des cadres multilatéraux impose une veille attentive, au niveau des états-majors comme des administrations civiles en charge de la sécurité.

Retraits hors ONU: climat, énergie, migration

Le mémorandum prévoit également le retrait de 35 organisations ne relevant pas directement de l’ONU. Sont notamment cités le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn) et le Forum mondial sur la migration et le développement. Ces domaines, souvent perçus comme éloignés du champ militaire, interfèrent pourtant avec des problématiques de sécurité contemporaines.

La planification de défense et la sécurité intérieure se trouvent, de plus en plus, au contact d’enjeux énergétiques, environnementaux et migratoires. Les infrastructures critiques, les ports, les corridors logistiques, ainsi que la résilience des territoires face aux chocs, constituent des sujets où les cadres techniques internationaux fournissent des normes, des diagnostics, voire des opportunités de coopération. Sans extrapoler au-delà du mémorandum, la décision américaine peut donc modifier les équilibres de discussion et, par ricochet, la manière dont certaines politiques et expertises circulent entre États, agences et partenaires.

Chaîne d’exécution: rôle du secrétaire d’État

Le document précise que l’examen des autres recommandations du secrétaire d’État est toujours en cours, laissant ouverte la possibilité de retraits supplémentaires. Cette mention, dans un texte de portée gouvernementale, crée un horizon d’incertitude maîtrisée: le périmètre exact du désengagement pourrait s’élargir au gré des arbitrages administratifs et diplomatiques à venir.

Le chef de la diplomatie américaine est chargé de transmettre aux agences fédérales les directives nécessaires à l’application effective du mémorandum. Pour les observateurs de la coopération internationale, ce point est central: la traduction opérationnelle passe par des instructions, des calendriers et des ajustements qui déterminent l’impact réel sur les interactions quotidiennes avec les organisations et les États partenaires. Les administrations de défense et de sécurité, partout, savent que les changements d’architecture formelle ne produisent d’effets concrets qu’à travers des procédures, des budgets et des canaux de travail.

Décret 14199: une revue systématique des engagements

La décision s’inscrit dans le prolongement d’un rapport du secrétaire d’État, élaboré conformément au décret présidentiel 14199 du 4 février 2025. Ce décret chargeait le département d’État de passer en revue l’ensemble des organisations intergouvernementales, conventions et traités auxquels les États-Unis font partie. L’existence même de cette revue indique une démarche structurée, fondée sur une cartographie préalable des engagements.

Dans une perspective de défense, cet élément de méthode compte autant que l’annonce: les revues d’engagements, lorsqu’elles sont exhaustives, impliquent des appréciations d’intérêt national, de coûts, de contraintes et de marges de manœuvre. Pour les partenaires, elles imposent de distinguer ce qui relève d’un retrait ponctuel, de ce qui s’apparente à une réorientation plus profonde du rapport au multilatéralisme. La prudence analytique reste de mise, le mémorandum signalant explicitement que des arbitrages demeurent en cours.

Lecture pour le Congo-Brazzaville: vigilance et continuité

Vu de Brazzaville, l’annonce rapportée par l’ACI appelle d’abord une posture de vigilance, sans surinterprétation. Les États ajustent périodiquement leurs modalités de participation aux organisations internationales; l’essentiel, pour les acteurs congolais de la défense et de la sécurité, consiste à mesurer l’incidence pratique sur les dossiers où l’environnement multilatéral joue un rôle de facilitation, de coordination ou de production d’expertise.

Dans le Golfe de Guinée et, plus largement, en Afrique centrale, la stabilité repose sur une combinaison de dispositifs nationaux, de coopérations régionales et de cadres internationaux. La sûreté maritime, la protection des installations énergétiques et portuaires, la lutte contre certaines formes de criminalité organisée et la gestion de crise requièrent une capacité d’anticipation. À ce titre, la variation des engagements américains peut modifier des dynamiques de concertation ou de financement, ou encore la disponibilité d’expertises, sans que cela n’implique mécaniquement une rupture des coopérations bilatérales ou opérationnelles déjà établies.

Renseignement et analyse: l’importance des signaux faibles

Pour les services en charge de l’analyse stratégique et du renseignement, un mémorandum de ce type est d’abord une matière à exploitation au titre des signaux faibles: périmètre exact des retraits, temporalité d’exécution, réactions des organisations concernées, et éventuels effets d’entraînement chez d’autres acteurs internationaux. Le texte mentionne explicitement un processus en cours, ce qui rend nécessaire une observation continue des annonces et des instructions qui suivront.

La solidité d’une politique de sécurité tient aussi à la capacité de conserver des canaux d’information diversifiés. Les organisations internationales, qu’elles soient onusiennes ou non, produisent des cadres, des données et des évaluations qui alimentent la décision publique. La réorganisation de la participation américaine pourrait donc, à terme, déplacer certaines lignes de débat ou redistribuer les espaces d’influence. Pour les décideurs congolais, l’enjeu est de préserver la continuité des coopérations utiles, tout en adaptant la veille stratégique aux nouvelles configurations évoquées dans le mémorandum.

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